Gabon : Cour constitutionnelle, les deux plateaux de la balance

Marie Madeleine Mborantsuo, Présidente de la Cour Constitutionnelle

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L’illusion optique peut faire que l’on voit penchée la Tour qui est droite. C’est pour cette raison que l’allégorie de la caverne de Platon nous enseigne de faire peu de cas de ce que l’on semble voir : il faut aller au delà pour avoir accès aux vérités enfouies dans l’ombre de la lumière…

Comme lors des précédentes élections présidentielles qu’a connues le Gabon, la Cour constitutionnelle est au centre de tous les projecteurs et alimente les débats à travers toute la cité.

Elle a été saisie le 8 septembre dernier par Jean Ping, en contestation des résultats provisoires de l’élection présidentielle du 27 août dernier proclamés par le ministre de l’Intérieur, Pacôme Moubelet Boubeya, sur invitation de la Cénap.

Au moment où elle s’apprête à rendre son verdict, la polémique enfle et d’aucuns s’interrogent sur sa capacité réelle de rendre une décision juste et équitable.

D’après ses pourfendeurs, la Cour constitutionnelle du Gabon est comparable à la Tour de Pise. Depuis le processus de démocratisation entamé en 1990, affirment-ils, toutes les décisions qu’elle a eu à rendre ont toujours été défavorables aux acteurs de l’opposition qui ont eu à la solliciter en contestation des résultats électoraux notamment lors des différents scrutins présidentiels que le pays a eu à organiser.

Ils évoquent dans ces cas de figure ses décisions prises pour vider les contentieux électoraux des scrutins présidentiels de 1993, 1998, 2005 et celui du scrutin anticipé de 2009 pour lesquels elle a eu à être sollicitée.

Dans les décisions rendues les 21 janvier 1994, 20 janvier 1999, 5 janvier 2006 ainsi que celle du 12 octobre 2009, les trois premières de la liste furent au bénéfice d’Omar Bongo Ondimba tandis que la dernière du 12 octobre 2009 le fut au profit d’Ali Bongo Ondimba.

Pour cela, les différents membres qui ont composé la Haute cour, à différentes époques, ont eu et continuent à subir l’opprobre en même temps qu’ils sont voués aux gémonies. Leur honneur ou ce qu’il en reste littéralement vilipendé et bafoué.

Un membre parmi les neufs, Madame le président Marie Madeleine Mboranstuo, cristallise singulièrement les attaques les plus sordides de la part de la classe politique gabonaise.

Son seul pêché à elle et l’ensemble des autres juges membres, c’est de dire le droit pour lequel ils ont prêté serment devant Dieu et devant les hommes. Comment ne le peuvent-ils pas dès lors que les décisions qu’ils prennent ne sont pas pondues ex-nihilo. C’est bien entendu le fruit d’un long processus riche de plusieurs étapes.

Ce sont des décisions qui découlent d’une instruction des dossiers par les juges désignés dans le respect du principe contradictoire. La partie requérante et la partie défenderesse apportant chacun les éléments de nature à avoir gain de cause.

Un fait sans précédent ! Des observateurs venus de l’Union européenne et d’ailleurs ont été autorisés à assister aux travaux de recomptage et seront présents lors de la présentation du rapport par le juge rapporteur à la Cour.

Cinq (5) présidents des Cours constitutionnelles mandatés par l’Union africaine sont présents et assurent des missions d’expertise et pourraient émettre des avis et des conseils. Seuls manquent à l’appel, les représentants de deux candidats pour éloigner les assises de toute passion.

Si au sortir de cette procédure, avec autant de dispositions et précautions, les résultats qui seront rendus sont d’aventure favorables au pouvoir et défavorables à l’opposition, devront-on encore continuer de traiter la Cour constitutionnelle gabonaise d’une Tour de Pise ?

Sauf à nous dire que par essence, pour qu’il y ait droit la balance doit forcément pencher du côté des adversaires du pouvoir, donc de l’opposition. Auquel cas, à contrario d’une Tour de Pise, l’opposition gabonaise appellerait-elle à l’alternance sur la base d’une balance trafiquée dont un de deux plateaux serait rempli d’avance en sa faveur ?

Où est donc en ce moment la rectitude qui fonde l’essence du droit. Donc, sachons raison garder, que le meilleur gagne. La démocratie n’est possible qu’avec des hommes démocrates. Seule restera alors au candidat vaincu d’appeler le vainqueur pour le congratuler « beau fraternellement ». Après tout, il s’agit bien d’une affaire de famille…

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About the Author

Lazard Obiang
Lazard possède 10 ans d'expérience dans le journalisme en ligne. Il s'occupe pour AfricTelegraph de l'actualité politique et économique au Cameroun, au Gabon et au Congo. Il travaille avec différentes presse en ligne au Gabon notemmant lenouveaugabon.com.

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