Gabon : Qui de l’homme ou de la fonction façonne l’autre ?

L'ancien président de l'Union Africaine, Jean Ping

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Par l’Oracle, il faut savoir faire la part des choses. Au Gabon, depuis samedi 13 août 2016, le gond a été donné pour l’entame de la campagne de l’élection présidentielle au terme de laquelle va intervenir le vote prévu le 27 août prochain. Dans le starting-block, s’alignent 14 candidats au nombre desquels le président sortant, Ali Bongo Ondimba, candidat à sa propre succession.

Au moment où démarrent les joutes verbales où chaque candidat va à l’assaut pour courtiser le collège électoral (plus de 600.000 électeurs) pour tenter de le convaincre, il nous parait de la plus grande importance d’évoquer une problématique qui vaut son pesant d’or.

Le débat qu’il nous parait opportun d’ouvrir, contexte électoral oblige, est celui qui porte sur la question de savoir qu’est-ce qui, de la fonction (des différentes fonctions) ou de la personne (comme être social), muntu chez les peuples Bantu, reste l’élément prépondérant à mettre en relief dans le jugement que l’on doit se faire des divers acteurs de la classe politique.

Est-ce la (haute ?) fonction occupée qui donne à l’homme sa valeur ou bien c’est l’homme puisant dans sa valeur intrinsèque qui donne à la fonction son amplitude réelle, forte ou faible, et en façonne le moule ? Au Gabon comme ailleurs, le débat est fondamental et mérite que l’on s’y attarde.

Choisir entre bilan et chimères

La préoccupation majeure et l’enjeu d’ouvrir une telle analyse visent à donner un éclairage permettant d’apprécier ce que valent les différents candidats figurant sur la liste de départ à l’élection présidentielle du 27 août 2016 au-delà des hautes fonctions certes prestigieuses que les uns et les autres ont eu à occuper par le passé.

Quel est le poids réel de chacun, selon quels critères et sous quels angles doit-on les jauger. C’est justement sur ce point précis que les Gabonais qui seront appelés à voter le 27 août prochain doivent faire gaffe pour ne pas se leurrer.

Pour apporter la lumière à cette interrogation, des pistes de réponses pourront être puisées au travers de quelques enseignements tirés tout le long du septennat du président Ali depuis 2009?

D’un côté, face à une grande adversité de la part de ses opposants, l’on a vu un chef(un homme) de l’Etat qui est resté debout, concentré et donnant le cœur à l’ouvrage en dépit des coups et des invectives de tous genres. Contre vents et marées, et surtout sans aucun état de grâce, il a réussi à engranger des avancées significatives mais pas encore suffisantes pour asseoir les fondements de sa politique d’Emergence.

Plus de place aux sophistes

De l’autre côté, l’on a connu la montée des francs-tireurs embusqués. Qui, étoilés de « grandes fonctions » qu’ils ont eues à occuper, Dieu sait comment ! (C’est souvent au bénéfice d’une géopolitique au rabais de triste mémoire), ont passé leur temps pour reprendre Jean de La Fontaine à chanter comme la cigale, alors que la fourmi travaillait.

Face au Gabon qui avançait et qui se débattait à jeter les bases de son développement avec le déploiement des infrastructures structurantes, l’on a vu des acteurs politiques parés du manteau d’opposants installer la chienlit pour rendre le pays ingouvernable.

Tout y est passé. Aucune stratégie de pourrissement n’a été écartée. De l’acte de naissance du chef de l’Etat, devenu le cheval de bataille de leur combat politique aux idéologies xénophobes et des appels à la haine et au meurtre, aucun ingrédient n’a été négligé.

C’est également dans les rangs de ces néo-opposants que l’on a entendu des voies s’élever et traiter d’autres Gabonais de cafards. C’est aussi et encore parmi les pourfendeurs du chef de l’Etat sortant que l’on a vu émerger les théoriciens de la doctrine « Tout sauf les fans ». Les tenants de « Tout pour les Ndzebi / Pouvis » à outrance devenue la règle à l’hémicycle du Palais Léon Mba, l’Assemblée nationale du Gabon, c’est toujours dans leurs rangs. Ce n’est pas tout.

Plus proche de nous dans le temps, l’on relève l’hérésie, digne d’une ivresse sans vin d’un candidat, du haut de ses 20 (vingt) ans de présence passés au perchoir de l’Assemblée nationale, qui a récemment reconnu avoir signé des documents lui présentés par ses enfants sans les avoir lus. Gravissime à ce niveau de responsabilité !

Le spectacle le plus révélateur de leurs platitude et vacuité a été mis au grand jour devant la Cour constitutionnelle à la fin du mois de juillet dernier.

Ils étaient tous là: les ténors de l’Union nationale, de la branche Modernité et Héritage et d’autres acteurs de l’opposition ayant occupé de hautes sinon des très hautes fonctions et qui sollicitent aujourd’hui les suffrages du peuple à s’être mobilisés. Objectif ? Obtenir, sans aucune preuve formelle, l’invalidation de la candidature du président sortant, candidat à sa propre succession.

Chasser le naturel, il revient au galop

Du moins comme l’a si bien dit l’un d’entre eux, se sont-ils basés sur la rumeur : « On en parle dans les rues de Libreville » et ajoutant que : « en notre qualité d’acteurs politiques, il était de notre devoir de prendre cela au sérieux… », a ajouté l’un parmi ces ténors pour justifier leurs turpitudes.

Comble d’humiliation, ils ignorent même qu’en matière d’état civil, la Cour constitutionnelle n’est pas l’autorité indiquée pour en établir l’authenticité ou pas. Pour des personnes qui convoitent la gestion de la première Institution du pays, il y a là matière à s’interroger.

Au lieu d’élever les débats en esquissant des pistes et un projet digne de servir d’alternance pour répondre aux attentes des Gabonais, voilà un aperçu de recettes par lesquelles nos néo-opposants préconisent de relancer le pays. Dites donc, ce genre de méthodes ne préfigurent-elles pas le type de gestion qu’ils seraient à même d’installer au plus haut sommet de l’Etat. A vous d’en juger.

Maintenant que la Cour d’Appel vient de clore le débat sur l’acte de naissance du candidat Ali Bongo dans son rendu de vendredi 12 août dernier, comment et par quelle magie vont-ils réussir à proposer des pistes et une offre politique susceptibles d’enflammer les cœurs des électeurs gabonais ?

Longtemps, ils ont bluffé les Gabonais avec des artifices. Mais, ont-ils oublié peut-être, qu’à beau chasser le naturel, il revient au galop. La succession de bourdes et impairs qu’ils ont alignés ont mis au grand jour leurs insuffisances humainement parlant. Il n’en serait pas autrement une fois que le pouvoir serait dans leurs mains.

Ceux qui continuent de croire en eux au nom de leur passage à des postes de grande responsabilité sont donc avertis. Les masques sont tombés. Révélant ainsi le vide de leur être intérieur (l’homme caché en eux).

C’est dire combien le risque est grand de voir les rênes du pays échoir entre les mains des personnes chez qui les années passées à des postes de hautes fonctions n’ont pas pu extirper les tares viscérales collées à leurs personnes. Au contraire, de par leurs actions funestes et négativistes, ils n’ont fait que plomber le fonctionnement des institutions dont la charge leur incombait.

Haro sur la fumisterie ! Dans l’intérêt bien compris de tous, il revient au peuple gabonais de rester vigilant. Ce faisant, il faut refuser de donner un blanc-seing à qui que ce soit en tenant uniquement compte de son passage à des hautes fonctions au sein de l’exécutif, dans une Institution de la République ou au sein des institutions internationales.

Par le temps qui court, le risque de tomber sous les charmes des discours de maîtres chanteurs et des sophistes qui ne tarissent pas en arguments spécieux est grand. Il appartient au peuple de les démasquer et de les mettre hors d’état de nuire.

Seul le projet de société des uns et des autres devrait constituer la boussole et le point de cristallisation auprès des électeurs.

Rien ne sert de se cacher derrière le masque des fonctions récentes ou passées, si hautes aient-elles été. Le moment est venu pour les candidats de se découvrir en déclinant leurs ambitions pour le Gabon de demain.

Au peuple de les juger à travers leurs différents projets de société afin d’en apprécier l’épaisseur. Ce n’est que sur cette base et elle seule que l’on s’arrachera les bulletins des Gabonais et non pas en référence à des hautes fonctions qui n’ont laissé aux Gabonais qu’un triste souvenir : celui d’une caste des privilégiés qui se comptent du bout d’une seule main.

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About the Author

Lazard Obiang

Lazard possède 10 ans d’expérience dans le journalisme en ligne. Il s’occupe pour AfricTelegraph de l’actualité politique et économique au Cameroun, au Gabon et au Congo. Il travaille avec différentes presse en ligne au Gabon notemmant lenouveaugabon.com.

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