L’intelligence artificielle (IA) pourrait devenir l’un des principaux moteurs de croissance du continent africain au cours de la prochaine décennie. Encore faut-il lever l’obstacle majeur qui freine son essor : le manque de financements. Face à ce constat, la Banque africaine de développement plaide pour un recours accru aux garanties publiques afin de rassurer les investisseurs privés et accélérer le déploiement de l’IA en Afrique.
Dans un rapport publié en décembre, l’institution estime qu’une adoption inclusive et structurée de l’intelligence artificielle pourrait générer jusqu’à 852 milliards d’euros de richesse supplémentaire pour l’économie africaine d’ici 2035. Un potentiel considérable, mais encore largement hors de portée sans un changement d’échelle dans les investissements.
Un fonds dédié pour partager le risque
Pour enclencher cette dynamique, la BAD propose la création d’un véhicule financier spécifiquement consacré à l’IA : l’Africa AI Growth & Innovation Fund. Élaboré en collaboration avec le cabinet de conseil Bazara Tech, ce mécanisme devrait voir le jour d’ici à la fin 2026.
L’objectif affiché est de mobiliser, dans un premier temps, environ 3,4 milliards d’euros. La clé du dispositif réside dans un système de garanties publiques couvrant une partie des pertes potentielles, à hauteur de 20 %. En assumant les premiers risques, les institutions financières de développement et les bailleurs publics espèrent créer un effet de levier suffisant pour attirer des capitaux privés vers des projets jugés stratégiques.
Les investissements visés concernent en priorité les infrastructures critiques pour l’IA, comme les capacités de calcul, les centres de données, le cloud ou encore les réseaux énergétiques fiables, indispensables au fonctionnement de ces technologies.
Combler un retard structurel
Selon la BAD, ce mécanisme permettrait avant tout de réduire l’écart qui se creuse entre l’Afrique et les régions les plus avancées en matière d’intelligence artificielle. Le continent souffre d’un déficit marqué d’infrastructures numériques, alors même que l’IA repose sur des ressources très intensives en calcul et en données.
Ce diagnostic est partagé par la CNUCED. Dans son indice de préparation aux technologies de pointe publié en avril 2025, l’organisation onusienne souligne que les pays les moins prêts à intégrer l’IA se situent majoritairement en Afrique, en Amérique latine et dans les Caraïbes. À la mi-2024, le continent ne comptait que 13 services d’infrastructure cloud, illustrant un retard jugé critique.
Pour la BAD, sans intervention publique ciblée, le secteur privé restera réticent à investir massivement dans un environnement perçu comme risqué, malgré des perspectives de rendement à long terme prometteuses.
Une mobilisation continentale qui s’organise
L’initiative de la BAD s’inscrit dans un mouvement plus large de mobilisation autour de l’IA en Afrique. Lors du Global AI Summit on Africa, organisé en avril dernier à Kigali, des dirigeants de plusieurs dizaines de pays africains ont appelé à la création d’un fonds continental dédié à l’intelligence artificielle.
La Déclaration africaine sur l’IA issue de ce sommet évoque un objectif de financement bien plus ambitieux, de l’ordre de 51 milliards d’euros, associant capitaux publics, privés et philanthropiques. Les priorités identifiées vont de l’extension des infrastructures technologiques au développement d’entreprises locales spécialisées, en passant par la formation de talents et le renforcement de la recherche.
Des secteurs clés et des conditions à réunir
Pour la Banque africaine de développement, le potentiel économique de l’IA ne se répartira pas uniformément. Le rapport souligne que près de 60 % de la valeur créée pourrait se concentrer dans quelques secteurs stratégiques, comme l’agriculture, l’industrie manufacturière, la finance, la santé ou le commerce.
Mais la réussite de cette trajectoire dépend de facteurs qui dépassent la seule question du financement. Disponibilité de compétences locales, qualité des cadres réglementaires, gouvernance des données et coopération entre États figurent parmi les conditions indispensables pour instaurer la confiance des investisseurs.
En appelant à une gouvernance continentale de l’IA et à une harmonisation des règles, la BAD défend l’idée d’un écosystème cohérent, capable de transformer les avancées technologiques en gains économiques durables. À défaut, le continent risque de rester en marge d’une révolution numérique qui redessine déjà les équilibres mondiaux.



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