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Dakar accueille le Forum sur la paix et la sécurité en Afrique

Lively beach scene with people enjoying the coastline near historic buildings.

Photo : Amaury Michaux / Pexels

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Dakar s’est imposée ce lundi 20 avril comme l’épicentre diplomatique du débat sécuritaire africain avec l’ouverture de la dixième édition du Forum international sur la paix et la sécurité en Afrique. Le chef de l’État sénégalais Bassirou Diomaye Faye a présidé la cérémonie inaugurale aux côtés de son homologue sierra-léonais Julius Maada Bio et du président mauritanien Mohamed Ould El-Ghazouani, marquant ainsi l’importance politique accordée à ce rendez-vous anniversaire. Pendant deux jours, décideurs, militaires, experts et diplomates sont invités à examiner la refondation des architectures de sécurité collective sur le continent.

Un forum anniversaire dans un paysage sécuritaire bouleversé

Dix ans après sa création, le Forum de Dakar se tient dans un environnement stratégique profondément transformé. La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) traverse une crise institutionnelle majeure, conséquence directe du retrait annoncé par le Burkina Faso, le Mali et le Niger, réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel. Cette reconfiguration régionale fragilise les mécanismes traditionnels de médiation et de réponse collective, alors même que la menace jihadiste continue de s’étendre des foyers sahéliens vers les pays côtiers du golfe de Guinée.

À ces défis militaires s’ajoutent des fronts moins conventionnels mais tout aussi déstabilisants. La désinformation, amplifiée par les réseaux sociaux et instrumentalisée par des acteurs étatiques et non étatiques, pèse désormais sur la stabilité politique de plusieurs pays africains. Le changement climatique, quant à lui, agit comme un multiplicateur de crises en aggravant les tensions autour des ressources en eau, des terres agricoles et des couloirs de transhumance. C’est cette convergence de vulnérabilités que les organisateurs ont placée au cœur des débats de l’édition 2026.

L’appel de Bassirou Diomaye Faye à une refondation stratégique

Dans son discours d’ouverture, Bassirou Diomaye Faye a invité les partenaires africains et internationaux à réinventer le concept même de sécurité collective sur le continent. Le président sénégalais, élu en 2024 sur un programme revendiquant une souveraineté renforcée, plaide pour des réponses endogènes, conçues et financées par les Africains eux-mêmes, en rupture avec les dispositifs hérités de la période post-coloniale. Cette position s’inscrit dans une dynamique plus large portée par plusieurs capitales ouest-africaines qui cherchent à redéfinir les modalités de leur coopération avec les partenaires extérieurs.

La présence du Sierra-Léonais Julius Maada Bio et du Mauritanien Mohamed Ould El-Ghazouani revêt à cet égard une dimension symbolique forte. Tous deux dirigent des pays qui occupent des positions charnières dans l’architecture régionale : la Mauritanie, membre du G5 Sahel aujourd’hui fragilisé, et la Sierra Leone, qui a traversé sa propre trajectoire de reconstruction post-conflit. Leur participation illustre la volonté de bâtir un dialogue transversal entre Afrique de l’Ouest, Sahel et Afrique atlantique, dans un contexte où les lignes de fracture sécuritaires ne recoupent plus les découpages institutionnels hérités.

Des enjeux stratégiques pour les partenaires du continent

Pour les chancelleries européennes, moyen-orientales et asiatiques, les conclusions du Forum de Dakar seront scrutées avec attention. Les partenariats militaires traditionnels, notamment avec la France, ont été remis en cause ces dernières années par plusieurs États sahéliens, tandis que la Russie, la Turquie, les Émirats arabes unis ou encore la Chine consolident leurs positions sécuritaires et industrielles sur le continent. La demande africaine d’une coopération plus équilibrée, fondée sur le transfert de capacités et la co-production d’équipements, structure désormais les négociations bilatérales.

Le forum devrait également aborder le financement de la paix, un chantier crucial dans un contexte de contraction des budgets d’aide publique au développement. Les discussions porteront notamment sur la mise en œuvre de la résolution 2719 des Nations unies, qui ouvre la voie à un financement partiel des opérations de paix africaines par les contributions obligatoires de l’ONU. Dakar entend peser sur les modalités concrètes de ce mécanisme, considéré comme une avancée diplomatique majeure pour les pays du continent.

Selon RFI Afrique, les travaux se poursuivront mardi avec plusieurs panels consacrés aux réponses opérationnelles et aux partenariats stratégiques.

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