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La Tanzanie retire 40 licences minières jugées inexploitées

Aerial shot of a large quarry in Kaduna, Nigeria, during the day.

Photo : LekePOV / Pexels

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Dodoma hausse le ton à l’égard des opérateurs miniers peu empressés de valoriser leurs actifs. Le ministre tanzanien des Mines, Anthony Mavunde, a annoncé le retrait de quarante permis d’exploration et d’exploitation détenus par des entreprises qui n’ont pas engagé les travaux dans les délais contractuels. Pour l’exécutif, ces concessions laissées en sommeil constituent autant de revenus fiscaux et de redevances perdus, alors même que le secteur extractif s’impose comme l’un des principaux moteurs de la croissance nationale.

Une reprise en main du domaine minier

La décision s’inscrit dans une dynamique de rationalisation du portefeuille minier tanzanien engagée depuis plusieurs années. Les autorités reprochent aux titulaires concernés d’avoir conservé leurs droits sans développer les sites, bloquant de fait l’accès à des gisements potentiellement productifs. En retirant ces titres, le ministère entend remettre sur le marché des zones convoitées par des investisseurs prêts à déployer rapidement des capitaux et des technologies d’extraction.

Le message adressé à l’industrie est clair : la détention spéculative de permis ne sera plus tolérée. Cette orientation prolonge la ligne affichée par les gouvernements successifs depuis la réforme de 2017, lorsque la Tanzanie avait profondément revu son cadre légal pour renforcer la part de l’État dans la valeur ajoutée extraite de son sous-sol. L’obligation de mise en production dans un calendrier défini figure parmi les principaux leviers utilisés pour discipliner le secteur.

Un secteur extractif stratégique pour l’économie

La Tanzanie figure parmi les premiers producteurs africains d’or et dispose également de ressources significatives en nickel, graphite, uranium, terres rares et pierres précieuses, notamment la tanzanite dont elle détient le monopole mondial. L’activité minière contribue de manière croissante au produit intérieur brut et aux recettes d’exportation, dans un contexte de demande mondiale soutenue pour les minerais critiques associés à la transition énergétique et à l’électrification des transports.

Dans cet environnement, chaque concession laissée inactive représente un coût d’opportunité important pour les finances publiques. Les redevances, l’impôt sur les sociétés, la participation de l’État dans les sociétés d’exploitation ainsi que les retombées indirectes sur l’emploi local et les services dépendent directement de la mise en production effective des titres attribués. Les autorités cherchent à maximiser ces flux à un moment où les cours de plusieurs métaux stratégiques se maintiennent à des niveaux favorables aux juridictions productrices.

Un signal aux investisseurs internationaux

La révocation de ces quarante titres devrait libérer des superficies significatives susceptibles d’être réattribuées par voie d’appel à manifestation d’intérêt ou de négociation directe. Les acteurs internationaux, notamment australiens, canadiens, chinois et moyen-orientaux, suivent de près les évolutions réglementaires tanzaniennes. Les fonds souverains du Golfe, déjà engagés dans plusieurs projets miniers en Afrique de l’Est, pourraient trouver dans ces opportunités un terrain d’expansion cohérent avec leur stratégie d’accès aux ressources critiques.

La démarche comporte néanmoins une exigence de lisibilité pour l’industrie. La crédibilité du dispositif repose sur l’application uniforme des critères de performance à l’ensemble des détenteurs de permis, quelle que soit leur nationalité ou leur taille. Toute perception d’arbitraire pourrait nourrir l’inquiétude des investisseurs étrangers et peser sur l’attractivité du pays, dans un contexte de concurrence régionale accrue avec la République démocratique du Congo, la Zambie ou le Mozambique pour capter les flux de capitaux miniers.

Pour Dodoma, l’enjeu consiste à transformer une ressource géologique statique en valeur économique tangible. La révocation annoncée illustre la philosophie d’un État qui revendique un rôle actif dans l’orientation de son secteur extractif, au-delà de la seule délivrance des titres. Reste à observer le rythme de réattribution des concessions libérées et la capacité des nouveaux titulaires à respecter les obligations de développement qui leur seront imposées. Selon RFI Afrique, le ministre Anthony Mavunde justifie cette décision par le non-respect des délais de mise en valeur imposés aux entreprises concernées.

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