Site icon Africtelegraph – Toute l'actualité africaine

Forum de Dakar : Bassirou Diomaye Faye plaide pour une Afrique actrice

Scenic view of colorful colonial buildings and boats on Goree Island, Senegal.

Photo : Emeka Mbaebie / Pexels

Partagez!

L’édition en cours du Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique a offert au chef de l’État sénégalais, Bassirou Diomaye Faye, une tribune pour réaffirmer sa lecture des équilibres géopolitiques continentaux. Devant un parterre de responsables politiques, militaires et diplomatiques réunis dans la capitale sénégalaise, le président a plaidé pour une Afrique qui cesse de subir les rivalités entre les grandes puissances et qui prenne part, en acteur à part entière, aux décisions engageant sa sécurité et son avenir.

Une posture de rupture assumée

Le message délivré par Bassirou Diomaye Faye s’inscrit dans la continuité de la ligne souverainiste défendue par le tandem exécutif qu’il forme avec le Premier ministre Ousmane Sonko. En refusant que le continent demeure cantonné au rôle de spectateur, le président sénégalais a souligné la nécessité pour les États africains de peser sur les cadres multilatéraux qui structurent la gouvernance mondiale de la paix, qu’il s’agisse des enceintes onusiennes, des coalitions antiterroristes ou des dispositifs régionaux de sécurité collective.

Cette posture se nourrit d’un constat largement partagé dans les capitales africaines francophones : la concurrence stratégique entre Washington, Pékin, Moscou et, dans une moindre mesure, les puissances européennes, tend à instrumentaliser le continent sans lui reconnaître une capacité pleine d’initiative. Les crises sahéliennes, la fragilisation des dispositifs militaires hérités de la coopération française et l’émergence de nouveaux partenaires sécuritaires, notamment russes et turcs, ont nourri la demande d’une doctrine africaine autonome.

Dakar, plateforme diplomatique du continent

En accueillant à nouveau ce rendez-vous devenu incontournable du calendrier stratégique continental, le Sénégal conforte sa position de carrefour diplomatique en Afrique de l’Ouest. Le Forum de Dakar, créé en 2014, rassemble chaque année dirigeants politiques, chefs militaires, universitaires et représentants de la société civile autour des grands dossiers de paix et de sécurité qui traversent l’espace africain, du bassin du lac Tchad au golfe de Guinée, en passant par la Corne de l’Afrique et la région des Grands Lacs.

Pour l’administration Faye, l’événement revêt une dimension particulière. Il offre l’occasion de présenter aux partenaires internationaux une doctrine sénégalaise ajustée, centrée sur la souveraineté, la diversification des alliances et le refus de l’alignement automatique. Cette orientation s’est déjà traduite, depuis l’arrivée au pouvoir du nouveau président, par des décisions symboliques fortes, au premier rang desquelles figure le retrait programmé des bases militaires françaises du territoire sénégalais, annoncé fin 2024.

Un appel à l’action collective

Au-delà du positionnement national, le chef de l’État sénégalais a insisté sur la nécessité d’une mutualisation accrue des moyens entre États africains. L’efficacité de l’Architecture africaine de paix et de sécurité, portée par l’Union africaine et ses mécanismes régionaux, reste en effet tributaire du volontarisme des capitales et de leur capacité à financer des opérations autonomes. La dissolution, début 2024, de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) dans sa configuration historique, avec le départ annoncé du Mali, du Burkina Faso et du Niger regroupés au sein de l’Alliance des États du Sahel, a par ailleurs fragilisé les cadres de coopération régionaux.

Dans ce contexte, le Sénégal cherche à se positionner comme médiateur et force de proposition. La présidence Faye a multiplié les initiatives diplomatiques pour rétablir le dialogue avec les juntes sahéliennes, tout en réaffirmant son attachement aux principes de gouvernance démocratique. Le discours prononcé au Forum de Dakar s’inscrit dans cette double ambition : rappeler que l’Afrique dispose d’une voix propre et plaider pour que cette voix s’exprime de manière coordonnée sur la scène internationale.

Les travaux du Forum doivent se poursuivre avec des sessions consacrées au financement de la sécurité, à la lutte contre le terrorisme, à la sécurité maritime dans le golfe de Guinée et à la place des jeunesses africaines dans les dynamiques de paix. Les conclusions attendues pourraient nourrir les prochaines discussions au sein de l’Union africaine, dont le Sénégal ambitionne de peser davantage sur les orientations stratégiques. Selon Dakaractu, le président Bassirou Diomaye Faye a explicitement refusé que le continent demeure spectateur des rivalités entre grandes puissances.

Quitter la version mobile