Dans un rapport consacré aux répercussions économiques du conflit opposant l’Iran, Israël et les États-Unis, le ministère camerounais des Finances anticipe une trajectoire tendue pour les réserves de change de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) au cours de l’exercice 2026. L’analyse s’inscrit dans un environnement régional déjà fragilisé par la contraction des recettes d’exportation et par l’alourdissement du service de la dette. Yaoundé souligne qu’un éventuel sursaut des cours des hydrocarbures ne suffira sans doute pas à compenser l’ensemble des sorties de devises attendues.
Le document rappelle que les avoirs extérieurs de la sous-région ont amorcé un reflux récent, sans toutefois compromettre la stabilité du régime de change. À la fin du mois d’octobre 2025, les réserves communautaires s’établissaient à 6 203 milliards de francs CFA, soit un repli de 146 milliards sur douze mois et de 1 133 milliards par rapport à leur niveau de décembre 2024. Ce recul est attribué à des transferts nets cumulés négatifs de 1 300 milliards de FCFA, conséquence du déséquilibre persistant des balances commerciales, de la baisse des cours du brut et de l’intensification des règlements au titre des engagements extérieurs des États membres.
Des échéances de dette qui pèseront lourdement sur la liquidité
Selon le ministère, la physionomie de 2026 sera en grande partie dictée par un calendrier chargé de remboursements extérieurs. Les administrations de la zone devront honorer plusieurs échéances significatives libellées en devises, ce qui se traduira mécaniquement par des décaissements importants sur les avoirs gérés par la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC). Cette ponction est présentée comme l’un des principaux vecteurs de vulnérabilité pour la liquidité extérieure de l’union monétaire.
La sensibilité de la CEMAC à ces flux sortants tient à la structure même de ses économies, largement dépendantes des recettes d’hydrocarbures pour alimenter le compte d’opérations et soutenir la parité fixe avec l’euro. Toute accélération des sorties non compensée par des entrées équivalentes fragilise donc l’ensemble de l’architecture monétaire régionale, dans un contexte où plusieurs États peinent encore à reconstituer leurs marges budgétaires.
Le pétrole, amortisseur potentiel mais incertain
Yaoundé identifie néanmoins un facteur susceptible d’atténuer cette pression : la remontée des cours internationaux des hydrocarbures, alimentée par les tensions au Moyen-Orient. En sa qualité d’exportateur net de pétrole brut et de gaz naturel, la sous-région tirerait de ce renchérissement un surcroît de recettes en devises, les ventes d’hydrocarbures demeurant la première source de rentrées extérieures pour la plupart des économies de la zone.
Cette perspective reste toutefois assortie d’un risque logistique non négligeable. Les perturbations potentielles des routes maritimes, notamment dans le détroit d’Ormuz, pourraient entraver l’acheminement des cargaisons et renchérir le coût du fret comme celui des primes d’assurance. Le choc externe s’annonce donc ambivalent : soutien conjoncturel aux exportations d’un côté, exposition accrue aux ruptures d’approvisionnement et à la volatilité des chaînes logistiques de l’autre.
Un risque inflationniste qui menace les acquis récents
Au-delà du front extérieur, le rapport alerte sur les conséquences domestiques d’un rebond durable des cours du brut. Les pays de la CEMAC étant structurellement importateurs de produits raffinés, toute hausse des prix à la pompe se diffuserait rapidement à l’ensemble du tissu productif, via les coûts de transport, de distribution et d’assurance. Ce canal de transmission inquiète d’autant plus les autorités que la désinflation régionale a été obtenue au prix d’efforts soutenus de politique monétaire.
Après un pic à 5,6 % en 2022 et 2023, puis une décrue à 4,1 % en 2024, l’inflation communautaire est revenue à 2,2 % en 2025, repassant sous le seuil de convergence fixé par la BEAC. Les projections actuelles la situent à 2,7 % en 2026, mais une envolée des prix des carburants pourrait contrarier cette dynamique et réactiver les tensions sur le pouvoir d’achat des ménages. Le ministère conclut que la sous-région abordera l’exercice prochain dans une configuration macroéconomique particulièrement sensible aux chocs externes. D’après les informations d’Investir au Cameroun.

