Le Nigeria consolide son rang parmi les premiers fournisseurs de carburants et de lubrifiants du Cameroun. Selon un rapport du ministère camerounais des Finances portant sur les retombées économiques du conflit au Moyen-Orient, le voisin ouest-africain a assuré 18% des approvisionnements camerounais dans ce segment sur la période 2024-2025, confirmant une mutation de la cartographie énergétique régionale.
Les importations camerounaises de carburants et lubrifiants se sont élevées à 974 milliards de francs CFA en 2024, puis à 788 milliards de FCFA en 2025, d’après les chiffres cités par le document ministériel. Rapportée à la part de marché nigériane, la facture des achats effectués auprès d’Abuja avoisine 175,3 milliards de FCFA sur la première année et 141,8 milliards de FCFA sur la seconde, soit un cumul supérieur à 317 milliards de FCFA en deux exercices.
Avec ce niveau d’exposition, le Nigeria se hisse au deuxième rang des partenaires du Cameroun sur ce marché, derrière la Belgique, qui concentre 36% des approvisionnements. Il devance nettement les États-Unis (9%), l’Inde (8,5%) et le Royaume-Uni (6,4%), trois fournisseurs historiques dont le poids relatif recule à mesure que les flux intra-africains gagnent du terrain.
La raffinerie Dangote, pivot de la recomposition régionale
Cette progression s’inscrit dans une reconfiguration plus large des circuits énergétiques ouest-africains, largement portée par la mise en service de la raffinerie Dangote au Nigeria. Dotée d’une capacité de traitement de 650 000 barils par jour, l’infrastructure renforce sensiblement la capacité du pays à exporter des produits raffinés vers plusieurs marchés du continent, au premier rang desquels figure le Cameroun.
Des données relayées par l’Agence France-Presse indiquent que l’outil industriel a récemment expédié douze cargaisons totalisant près de 456 000 tonnes de carburants vers différents États africains. Ce mouvement se déploie dans un environnement international tendu : les perturbations logistiques liées au conflit au Moyen-Orient incitent plusieurs capitales africaines à diversifier leurs sources ou à rapprocher géographiquement leurs approvisionnements, afin de limiter les coûts de fret et les aléas d’acheminement.
Les données de suivi maritime corroborent cette accélération. Les exportations nigérianes de produits raffinés se sont établies autour de 214 000 barils par jour en mars, contre près de 100 000 barils par jour en février. Sur la même période, les volumes orientés vers le marché africain ont plus que doublé, passant d’environ 38 000 à près de 90 000 barils quotidiens, signe d’un basculement structurel des débouchés.
Un partenaire stratégique, mais une exposition intacte
Au-delà de la progression des volumes, le Nigeria s’affirme comme un fournisseur régional de plus en plus stratégique pour la sécurité énergétique du Cameroun. Cette trajectoire traduit une forme de régionalisation des achats extérieurs, dans un contexte où les grands partenaires commerciaux traditionnels de Yaoundé, en Europe, en Amérique du Nord et en Asie, demeurent eux-mêmes exposés aux soubresauts du marché pétrolier international.
Le recours accru à des pays proches, à l’image du Nigeria (18%) et du Togo (7%), offre des avantages tangibles en matière de délais logistiques et de maîtrise des coûts de transport. Cette recomposition ne lève toutefois pas la vulnérabilité du Cameroun aux tensions mondiales sur les hydrocarbures. Elle en déplace surtout les canaux de transmission, les prix intérieurs restant arrimés aux cotations internationales et aux fluctuations des marges de raffinage.
En arrière-plan, cette évolution ravive la question de la sécurisation de l’approvisionnement national. Dans un environnement caractérisé par la volatilité des cours et la montée des risques géopolitiques, la remise à niveau des capacités locales de transformation apparaît comme un chantier prioritaire. Le redressement de la Société nationale de raffinage (Sonara) demeure, à ce titre, un levier central pour réduire l’exposition du Cameroun aux chocs extérieurs et reprendre la main sur une partie de sa chaîne de valeur énergétique. D’après les informations publiées par Investir au Cameroun.

