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Le Zimbabwe adosse le ZiG à ses réserves d’or pour le stabiliser

Detailed close-up of gold bars and coins, symbolizing wealth and investment. Perfect for financial imagery.

Photo : Zlaťáky.cz / Pexels

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La Banque de réserve du Zimbabwe (RBZ) poursuit sa stratégie d’accumulation d’or afin de consolider la parité et la crédibilité du Zimbabwe Gold (ZiG), devise lancée en avril 2024 pour remplacer un dollar zimbabwéen durablement discrédité. L’institution monétaire entend démontrer que chaque unité de ZiG en circulation trouve une contrepartie tangible dans les coffres de la Banque centrale, combinant or physique, devises étrangères et actifs de réserve. Ce mécanisme d’adossement constitue le pilier d’une politique de stabilisation destinée à rompre avec les cycles hyperinflationnistes qui ont marqué l’économie nationale.

Un adossement stratégique pour restaurer la confiance

Le choix d’adosser la monnaie nationale à un panier d’actifs tangibles répond à un impératif de crédibilité. Les autorités monétaires zimbabwéennes, confrontées à une défiance structurelle du public envers le papier-monnaie local, privilégient désormais une logique de réserve couvrante. La montée continue des cours mondiaux de l’or, nourrie par les tensions géopolitiques et la recherche de valeurs refuges par les banques centrales émergentes, joue en faveur de cette architecture. Plus les réserves aurifères s’apprécient, plus la base de couverture du ZiG se renforce mécaniquement.

Cette approche s’inscrit dans une tendance observable chez plusieurs banques centrales du Sud, qui cherchent à diversifier leurs avoirs en s’éloignant d’une dépendance exclusive au dollar américain. Pour Harare, l’enjeu dépasse la seule question technique : il s’agit de reconstruire un pacte monétaire avec les citoyens et les opérateurs économiques, en offrant une monnaie dont la valeur ne repose plus uniquement sur la parole de l’État mais sur un collatéral vérifiable.

La production aurifère, levier de souveraineté

Le Zimbabwe figure parmi les producteurs africains significatifs d’or, et cette richesse extractive est désormais mobilisée au service de la politique monétaire. Les autorités ont multiplié les dispositifs incitant les mineurs artisanaux et industriels à canaliser leur production vers les circuits officiels, notamment via Fidelity Gold Refinery, raffineur public chargé de centraliser les achats. Cette discipline d’exportation permet à la Banque centrale d’alimenter régulièrement ses stocks sans recourir massivement aux marchés internationaux.

L’intégration entre secteur minier et politique de change illustre une stratégie de souveraineté économique assumée. En transformant une partie de sa rente minière en réserve monétaire domestique, Harare entend capter à l’intérieur du pays la valeur qui s’évaporait auparavant dans les circuits informels ou les exportations non déclarées. Les pouvoirs publics ont durci les contrôles sur la contrebande aurifère, fléau récurrent qui prive le Trésor de ressources importantes.

Des défis persistants pour la nouvelle monnaie

Malgré ces efforts, le ZiG demeure fragile. Son acceptation par les commerçants, les ménages et les entreprises reste inégale, une part substantielle des transactions continuant de s’effectuer en dollars américains dans un régime de bimonétarisme toléré. Les dévaluations successives enregistrées depuis le lancement de la devise ont entamé la confiance, obligeant la RBZ à resserrer sa politique et à multiplier les signaux de rigueur. Le maintien d’une discipline budgétaire stricte, condition nécessaire à toute stabilisation monétaire durable, constitue un chantier permanent pour le ministère des Finances.

La pression sur le taux de change officiel, régulièrement décalé par rapport au marché parallèle, reflète la persistance d’anticipations inflationnistes. Pour que l’adossement à l’or produise pleinement ses effets, les autorités devront conjuguer la consolidation des réserves avec une maîtrise des agrégats monétaires et une transparence accrue sur la composition des avoirs de la Banque centrale. Les partenaires financiers internationaux, notamment le Fonds monétaire international, scrutent la trajectoire zimbabwéenne avec un intérêt renouvelé, dans la perspective d’une éventuelle normalisation des relations financières avec Harare.

Un modèle observé sur le continent

L’expérience zimbabwéenne suscite l’attention d’autres capitales africaines confrontées à la volatilité de leurs monnaies face au dollar. L’idée d’une couverture partielle par l’or, sans aller jusqu’à un étalon strict, pourrait inspirer des pays disposant eux aussi de ressources extractives significatives. La réussite ou l’échec du ZiG servira de cas d’école pour les décideurs qui réfléchissent à des architectures monétaires alternatives, dans un contexte international marqué par la fragmentation des systèmes de paiement et la multiplication des initiatives de dédollarisation.

Selon Financial Afrik, la consolidation des réserves aurifères constitue désormais l’axe central de la stratégie de stabilisation du Zimbabwe Gold.

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