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L’Irak happé par la guerre indirecte entre Washington et Téhéran

Aerial view of Baghdad cityscape showcasing buildings and a clear horizon under a blue sky.

Photo : Muhammad Nabeel / Pexels

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L’Irak s’enfonce dans une zone de turbulences qu’il croyait avoir laissée derrière lui. Pays pivot entre la République islamique d’Iran et les États-Unis, Bagdad assiste, impuissant, à la reprise d’une guerre indirecte sur son propre sol. Dès les premières heures de l’escalade régionale, des frappes attribuées à Washington et à son allié israélien ont visé plusieurs groupes armés irakiens présentés comme des relais de Téhéran. Les représailles n’ont pas tardé, confirmant la fragilité de l’équilibre politique bâti depuis 2003.

Bagdad, champ de bataille d’une guerre par procuration

La centralité irakienne dans la stratégie iranienne n’a rien d’anecdotique. Depuis la chute de Saddam Hussein, Téhéran a patiemment tissé un réseau d’influence politique, religieuse et militaire dont les Hachd al-Chaabi, ces unités de mobilisation populaire désormais intégrées à l’appareil sécuritaire irakien, constituent la colonne vertébrale. Plusieurs factions qui en sont issues, notamment Kataëb Hezbollah et Assaïb Ahl al-Haq, figurent depuis des années sur les listes américaines d’organisations hostiles. Leur arsenal, largement financé et équipé via les canaux iraniens, transforme chaque emprise militaire en cible potentielle pour l’aviation américaine ou israélienne.

Les frappes enregistrées dans les premières heures du conflit ont visé des dépôts, des bases logistiques et des responsables présumés de ces milices. La riposte, tirs de roquettes et de drones contre des positions abritant des soldats américains, s’est inscrite dans un schéma déjà éprouvé. Reste que l’intensité et la rapidité de l’enchaînement témoignent d’un saut qualitatif. L’espace aérien irakien, jamais pleinement maîtrisé par Bagdad, redevient un corridor d’escalade où la souveraineté nationale apparaît largement théorique.

L’arme du dollar, levier discret de la Maison-Blanche

La pression militaire s’accompagne d’une offensive financière méthodique. Selon des informations publiées par la presse économique américaine, Washington a décidé le lundi 19 avril de suspendre une livraison significative de dollars à destination de la Banque centrale irakienne. L’objectif affiché : contraindre le gouvernement du Premier ministre à engager un démantèlement effectif des factions armées pro-iraniennes. Cette arme monétaire est redoutable. L’économie irakienne, dont les recettes pétrolières sont libellées en dollars et transitent par la Réserve fédérale de New York, dépend étroitement du bon vouloir du Trésor américain pour alimenter son marché des changes en devises.

Couper le robinet, même temporairement, provoque mécaniquement des tensions sur le dinar, un renchérissement des importations et une contagion rapide à l’ensemble du tissu économique. La manœuvre n’est pas inédite : dès 2022 et 2023, les contrôles renforcés sur les transferts en dollars avaient déjà permis de restreindre les circuits bénéficiant, selon Washington, au contournement iranien des sanctions. Cette fois, l’étau est resserré à un moment où Bagdad peut difficilement tolérer un choc supplémentaire sur son budget.

Un pouvoir irakien sommé de choisir son camp

Pour le cabinet irakien, l’équation relève de la quadrature du cercle. Démanteler les groupes armés pro-iraniens reviendrait à s’attaquer frontalement à des partis représentés au Parlement, à des acteurs sécuritaires intégrés à l’État et à des réseaux d’influence ancrés dans les provinces chiites. Les ignorer expose en revanche le pays à des représailles américaines, à l’assèchement de ses ressources en devises et à un isolement financier international. Le coût politique comme le coût économique sont, dans les deux cas, considérables.

Cette partition s’inscrit dans une séquence régionale plus vaste, où le Liban, la Syrie et le Yémen voient également leurs équilibres internes percutés par le bras de fer irano-américain. Mais l’Irak occupe une place singulière : il est à la fois le principal partenaire commercial de l’Iran dans la région et l’hôte de plusieurs milliers de militaires américains déployés dans le cadre de la coalition contre l’organisation État islamique. Toute rupture brutale d’un côté ou de l’autre fragiliserait un édifice institutionnel déjà éprouvé par les crises successives depuis 2019.

Pour les investisseurs étrangers, notamment dans les hydrocarbures et les télécommunications, le signal envoyé est préoccupant. La visibilité sur les circuits financiers se réduit, les primes de risque remontent, et la perspective d’une nouvelle vague de sanctions secondaires plane sur les opérateurs exposés au marché irakien. Selon RFI Moyen-Orient, les autorités de Bagdad cherchent encore la marge de manœuvre qui leur permettrait de ne pas trancher.

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