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Maroc : la production céréalière rebondit et relance le PIB agricole

Breathtaking view of Kerdouss landscape with wheat fields and rugged mountains in Souss-Massa, Morocco.

Photo : Moussa Idrissi / Pexels

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La production céréalière marocaine retrouve des couleurs après une séquence climatique éprouvante. À l’ouverture de la 18ᵉ édition du Salon international de l’agriculture au Maroc (SIAM), organisée le 20 avril 2026 à Meknès, le ministre de l’Agriculture, Ahmed El Bouari, a annoncé une récolte attendue de 90 millions de quintaux pour la campagne 2025-2026. Le PIB agricole devrait progresser d’environ 15% sur l’exercice, un rebond notable au regard des contre-performances enregistrées ces dernières années. Cette inflexion intervient alors que le royaume chérifien cherche à consolider sa sécurité alimentaire et à réduire sa dépendance aux importations de blé.

Une pluviométrie enfin au rendez-vous

Le redressement s’explique d’abord par un facteur météorologique. Les précipitations survenues entre janvier et mars 2026 ont permis d’emblaver 3,9 millions d’hectares de céréales, rompant avec plusieurs cycles de sécheresse qui avaient comprimé les rendements et fragilisé les trésoreries agricoles. Ce retour de l’eau a offert aux exploitants une fenêtre agronomique suffisante pour relancer les semis, particulièrement dans les zones bour, les plus exposées à la variabilité climatique. La reconstitution partielle des réserves hydriques soulage également un système d’irrigation mis sous tension depuis 2022.

Au-delà de l’aléa climatique, la performance annoncée à Meknès signale la résilience d’une filière stratégique. Les céréales couvrent historiquement une part substantielle de la sole cultivée marocaine, et leur poids dans la valeur ajoutée agricole reste déterminant pour la dynamique d’ensemble du secteur primaire. Un rebond de 15% du PIB agricole n’est pas anodin : il irrigue la consommation rurale, soutient l’emploi saisonnier et allège la pression sur la balance commerciale.

Le SIAM, vitrine d’une stratégie de souveraineté alimentaire

Le choix du SIAM pour dévoiler ces projections n’est pas fortuit. Devenu au fil des éditions le principal rendez-vous agricole du royaume, le salon de Meknès réunit professionnels, bailleurs et partenaires internationaux autour des orientations de la stratégie Génération Green 2020-2030. Cette feuille de route, qui a succédé au Plan Maroc Vert, met l’accent sur la consolidation des chaînes de valeur, la montée en gamme des exploitations et la résilience face au stress hydrique. La reprise céréalière attendue offre à l’exécutif un argument tangible pour défendre la continuité de ces politiques publiques.

Reste que la dépendance du secteur à la pluviométrie demeure un point de vulnérabilité structurel. Les autorités marocaines multiplient les chantiers de dessalement, d’interconnexion des bassins et de modernisation de l’irrigation localisée. L’enjeu consiste à découpler la performance agricole du seul cumul pluviométrique annuel, un pari de long cours qui mobilise des investissements publics considérables. Dans le même temps, Rabat maintient un important programme d’importation de blé tendre afin de stabiliser les prix à la consommation, notamment pour la farine subventionnée.

Un signal favorable pour la macroéconomie

Pour les analystes suivant l’économie marocaine, la trajectoire annoncée constitue un signal positif. L’agriculture représente toujours une part significative du PIB national et surtout l’essentiel de l’emploi dans les régions rurales. Une bonne campagne céréalière se traduit mécaniquement par un coup d’accélérateur sur la croissance globale, comme l’ont montré les exercices précédents où la volatilité du secteur primaire entraînait celle de l’activité dans son sillage. Les projections de Bank Al-Maghrib et du Haut-Commissariat au Plan devraient donc intégrer cette amélioration dans leurs prochaines révisions.

Les perspectives ouvertes à Meknès ne gomment pas pour autant les défis structurels. La pression démographique, l’urbanisation des terres fertiles et le renchérissement des intrants continuent de peser sur les marges des exploitants. L’effort de mécanisation et l’accès au crédit agricole restent inégalement répartis entre les grandes exploitations irriguées et les petites structures familiales. Le royaume devra concilier gains de productivité, préservation des ressources et inclusion des jeunes ruraux pour pérenniser la dynamique entrevue cette saison.

Concrètement, la campagne 2025-2026 offre au Maroc une bouffée d’oxygène budgétaire et sociale, à condition que l’exécutif capitalise sur ce rebond pour approfondir les réformes engagées. Selon Financial Afrik, le ministère de l’Agriculture entend confirmer ces projections dans les prochaines semaines.

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