La Radiodiffusion Télévision Sénégalaise (RTS) se retrouve au cœur d’une démarche inédite portée par vingt-cinq de ses anciens cadres. Ces vétérans du service public audiovisuel ont publié un mémorandum pour tirer la sonnette d’alarme sur l’état du groupe public et appeler à une action de sauvegarde. L’initiative, relayée à Dakar, se veut un « cri du cœur » destiné à protéger un patrimoine institutionnel construit sur plusieurs décennies. Elle intervient dans un contexte où l’audiovisuel public sénégalais fait face à des défis de gouvernance, de financement et de modernisation technologique.
Un mémorandum pour refonder l’audiovisuel public sénégalais
Les signataires, tous issus des rangs historiques de la RTS, se présentent comme des gardiens de la mémoire institutionnelle du diffuseur. Leur texte dresse un diagnostic sans complaisance de la situation actuelle et formule des recommandations précises pour redresser la trajectoire du groupe. Les anciens cadres insistent sur l’urgence d’une réforme structurelle, estimant que le service public audiovisuel ne peut plus fonctionner selon des schémas hérités sans adaptation aux nouveaux usages.
Leur démarche s’inscrit dans une tradition de corps intermédiaires qui, au Sénégal comme ailleurs en Afrique de l’Ouest, interpellent régulièrement les pouvoirs publics sur la conduite des entreprises stratégiques. La RTS, en tant que vitrine nationale et outil de cohésion, occupe une place singulière dans l’écosystème médiatique sénégalais. Sa fragilisation éventuelle, soulignent les signataires, aurait des répercussions au-delà du seul champ audiovisuel.
Patrimoine, gouvernance et missions de service public
Le mémorandum aborde plusieurs axes de préoccupation. La question du patrimoine matériel et immatériel figure en tête : archives, infrastructures, identité éditoriale et savoir-faire accumulés depuis la création du diffuseur. Les anciens cadres redoutent que des décisions hâtives ou une gestion approximative n’entament durablement cet acquis. Ils plaident pour une politique de conservation ambitieuse, seule à même de garantir la transmission de ces contenus aux générations suivantes.
La gouvernance constitue un second pilier du texte. Les signataires appellent à clarifier les prérogatives entre la tutelle, la direction générale et les instances de régulation, afin d’inscrire la RTS dans une stabilité opérationnelle. Ils évoquent également la nécessité de préserver l’indépendance éditoriale du diffuseur, condition indispensable à la crédibilité d’un média public dans un paysage concurrentiel marqué par la multiplication des chaînes privées et des plateformes numériques.
Reste la question centrale du financement. L’audiovisuel public sénégalais, à l’image de ses homologues régionaux, subit la pression conjuguée d’une baisse des recettes publicitaires et de coûts technologiques croissants. Le basculement vers le numérique, la production de contenus haute définition et la présence sur les plateformes en ligne exigent des investissements que la seule contribution publique peine à couvrir. Le mémorandum invite les autorités à sécuriser un modèle économique lisible et pérenne.
Un signal adressé aux nouvelles autorités sénégalaises
La publication de ce document intervient alors que le Sénégal, sous la présidence de Bassirou Diomaye Faye, engage une série de réformes dans les entreprises publiques. Les anciens cadres de la RTS se positionnent en interlocuteurs constructifs, offrant leur expertise pour accompagner les décisions à venir. Leur démarche, loin d’être frontale, entend nourrir la réflexion officielle par un apport documenté et des propositions opérationnelles.
Au-delà du cas sénégalais, la problématique soulevée par ce mémorandum résonne dans l’ensemble de l’Afrique francophone. De nombreux diffuseurs publics, de Radio Télévision Ivoirienne à l’ORTM malien, sont confrontés à des défis comparables : modernisation, concurrence des médias privés et des réseaux sociaux, exigence accrue de pluralisme. La capacité des États à préserver un service public audiovisuel robuste apparaît comme un enjeu de souveraineté culturelle et informationnelle.
Les signataires annoncent leur disponibilité pour échanger avec les autorités et accompagner toute initiative de refondation. Le sort réservé à leur mémorandum par le gouvernement sénégalais et la direction de la RTS constituera un indicateur des orientations retenues pour l’audiovisuel public national. Selon PressAfrik.
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