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Yaoundé accueille un forum économique avec l’Amérique latine

A captivating aerial view of the sprawling cityscape of Yaoundé, Cameroon, under a dramatic sky.

Photo : Kelly / Pexels

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Le Cameroun entend élargir son horizon diplomatique et commercial. Yaoundé accueille un forum économique consacré au rapprochement avec les pays d’Amérique latine, signe d’une volonté affichée des autorités camerounaises de diversifier leurs partenariats hors des axes habituels. L’événement réunit opérateurs publics, acteurs privés et représentants diplomatiques autour d’un même objectif : bâtir des passerelles durables entre l’Afrique centrale et une région longtemps considérée comme périphérique dans la géographie économique camerounaise.

Un forum pour ancrer la relation Cameroun-Amérique latine

La tenue de cette rencontre à Yaoundé traduit une inflexion notable dans la politique économique extérieure du pays. Historiquement, les flux commerciaux du Cameroun s’orientent vers l’Union européenne, la Chine et, dans une moindre mesure, les voisins de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). L’Amérique latine, pourtant dotée d’économies complémentaires sur l’agro-industrie, les hydrocarbures, les biotechnologies et les infrastructures, demeure un partenaire marginal. Le forum ambitionne précisément de corriger ce déséquilibre.

Les organisateurs mettent en avant plusieurs secteurs jugés porteurs. L’agriculture figure au premier rang, avec des pays comme le Brésil ou l’Argentine reconnus pour leur expertise en mécanisation agricole et en production de protéines végétales. L’énergie, les mines, la transformation locale et les services financiers complètent la liste des thématiques abordées durant les échanges. Les entreprises camerounaises présentes espèrent nouer des contacts susceptibles de déboucher sur des joint-ventures ou des transferts technologiques.

Une diversification partenariale assumée

Pour Yaoundé, l’enjeu dépasse la simple prospection commerciale. Il s’agit de réduire une dépendance structurelle vis-à-vis de quelques grands partenaires et d’élargir la marge de manœuvre diplomatique du pays. Cette stratégie s’inscrit dans un mouvement plus large observé sur le continent africain, où plusieurs capitales multiplient les initiatives en direction du Sud global. Le Sommet Afrique-Amérique du Sud (ASA), lancé en 2006 à Abuja, avait déjà esquissé ce type de rapprochement, sans toutefois produire les résultats escomptés.

Le contexte actuel s’avère différent. La reconfiguration des chaînes de valeur mondiales, les tensions sur les marchés des matières premières et l’appétit latino-américain pour de nouveaux débouchés offrent une fenêtre d’opportunité. Des économies comme celles du Chili, de la Colombie ou du Mexique disposent d’un savoir-faire avéré dans l’exploitation minière responsable, la logistique portuaire et les services numériques, autant de domaines où le Cameroun affiche des besoins pressants.

Reste la question des instruments. Sans accords bilatéraux robustes, sans lignes maritimes directes et sans dispositifs de financement adaptés, les intentions affichées lors de ce type de forum peinent généralement à se matérialiser. Les opérateurs économiques camerounais soulignent régulièrement la difficulté à obtenir des garanties de paiement, des visas d’affaires ou des informations fiables sur les marchés latino-américains. Les pouvoirs publics devront donc transformer l’élan symbolique du forum en engagements concrets.

Les attentes du secteur privé camerounais

Du côté des entreprises locales, les attentes se concentrent sur trois axes. D’abord, l’accès à des intrants industriels et agricoles à des conditions compétitives, notamment pour les engrais, les équipements de transformation et les semences améliorées. Ensuite, l’attraction d’investissements directs dans les filières à forte valeur ajoutée, comme la transformation du cacao, du café ou du bois. Enfin, l’ouverture de débouchés pour les produits camerounais sur des marchés jusqu’ici peu explorés.

Les chambres consulaires plaident pour la mise en place d’un guichet dédié à la coopération sud-sud, capable d’accompagner les PME dans leurs démarches d’exportation. La question linguistique, souvent négligée, constitue également un obstacle à lever : la maîtrise de l’espagnol et du portugais demeure rare au sein du tissu entrepreneurial camerounais, alors qu’elle conditionne largement la réussite des négociations commerciales avec la région visée.

Le forum de Yaoundé ne règlera pas à lui seul ces difficultés structurelles. Il pose néanmoins un jalon politique dans une stratégie de diversification appelée à se déployer sur plusieurs années. Selon Journal du Cameroun.

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