Cameroun / Reconnaissance de Um Nyobè : La guerre des veuves est lancée

Dîner du 20 mai au Cameroun

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La présence d’une compagne de Um Nyobè à la réception du 20 mai au palais de l’unité aiguise le débat. La suspicion entoure l’action des pouvoirs publics.

Plus de 3000 invités ont répondu présent au traditionnel dîner de gala offert par le président Paul Biya à chaque édition de la fête nationale au palais présidentiel (Palais de l’unité) à Yaoundé. Deux présences remarquables à cette réception: celles de Daniel Ruben Um Nyobè et de madame Ngo Ndjock, respectivement fils et compagne de Ruben Um Nyobè, grande figure de la lutte pour l’indépendance du Cameroun, assassiné par l’armée française le 13 septembre 1958.

La présence du fils et de la compagne de Ruben Um Nyobè aux côtés de Paul Biya est diversement appréciée. Si d’un côté, on salue cette initiative qui contribuerait à réparer une injustice à l’endroit des martyrs du nationalisme au Cameroun, de l’autre, on estime que l’initiative du régime de Paul Biya est un énième calcul politique dans la perspective des élections de 2018.

Sur un plan strictement légal, l’épouse de Um c’est Marthe Um Nyobè, née ngo Mayack. Plus connue sous Marthe Um, est bien l’épouse de Um Nyobè. Celle qu’il a prise pour épouse en 1944, à Eseka ( région du centre Cameroun).

Marthe Françoise Ngo Mayack est une Badjôb ( une tribu de l’ethnie Bassa) élevée chez le pasteur Makon Ma Nlend. La belle histoire va prendre fin en 1955 lorsque Um Nyobè va prendre la décision d’entrer dans le maquis. Avec 2 enfants à leur charge, la priorité de Um Nyobè était les enfants et Marthe Um.

Quand Um Nyobè allait dans le maquis, il réquisitionnait 4 gardes du corps pour protéger sa famille. C’était des moments difficiles. Um Nyobè se rend compte de l’évidence: la vie de famille ne sied pas avec le maquis. Il décide alors d’envoyer les siens chez son oncle. Ce départ marque également la séparation du couple.

Um Nyobè épousera en secondes noces, Ngo Njock Yebga Marie, Ndog Sul du village de Libél Li Ngoi ( épousée à titre posthume), sa compagne du maquis avec qui il a un fils né en 1957: Daniel Ruben Um Nyobè.

Le samedi 13 septembre 1958, un détachement de l’armée française opérant par patrouilles de quatre à cinq personnes aidées de pisteurs, des alliés et de prisonniers avait entrepris la fouille systématique de la brousse aux environs de Boumnyebel dès les premières heures du jour.

Inquiétée par le nombre de patrouilles militaires qui passaient aux abords immédiats du Grand Maquis ces derniers mois, l’équipe qui accompagnait Um Nyobè avait en effet décidé d’abandonner son refuge de Mamélel où la sécurité du leader nationaliste ne semblait plus assurée. Le groupe qui accompagnait le secrétaire général de l’Upc (union des population du Cameroun) était constitué de neuf personnes au total donc Marthe Ngo Njock, la compagne de Um Nyobè dans le maquis et leur fils, Daniel Ruben Um Nyobè né au maquis et âgé de 10 mois.

C’est alors que furent surpris par une patrouille composée d’un officier français métis et de conscrits tchadiens, accompagnés de Luc Makon Ma Bikat, Hikokon (mercenaire à la solde de l’armée française et traître en langue bassa) notoirement connu dans la région et originaire de Makaï, un village voisin. Quand les fusils pointés sur ce pétit groupe de personnes sans arme se mirent à crépiter, Um Nyobè s’écroula au bord d’un tronc de palmier qu’il s’efforçait d’enjamber. Ce fut la fin.

Ce n’est pas le premier clin d’œil que Paul Biya fait aux nationalistes. Lors de son adresse de fin de cette année à la Nation, le président Paul Biya s’est opposé à toute idée de sécession du Cameroun. Une demande renouvelée par les archives du southern Cameroon National council ( Scnc) lors des revendications des avocats et enseignants des régions anglophones que certains ont appelées “problème anglophone”.

La raison, selon le chef de l’Etat c’est que “nous marchons sur les pas des pères fondateurs de notre pays, de nos héros nationaux, qui ont versé leur sang pour léguer à la postérité une Nation unie dans sa diversité. L’unité du Cameroun est donc un héritage précieux avec lequel nul n’a le droit de prendre des libertés”, avait-il lancé.

Um Noybè est la figure de proue de la lutte pour l’indépendance du Cameroun. Ses compagnons furent notamment Felix Roland Moumié (assassiné à Genève en 1960 par les services secrets français) et (Ernest Ouandie exécuté par fusillade le 15 janvier 1971 à Bafoussam (région de l’Ouest Cameroun) par l’armée camerounaise appuyé par l’armée française. Ahidjo était alors président de la République fédérale du Cameroun à cette époque.

La loi n°91/022 du 16 décembre 1991, réhabilitera Um Nyobè comme étant celui qui a œuvré pour la naissance du sentiment national, l’indépendance ou la construction du pays et le rayonnement de l’histoire et de la culture du Cameroun.

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Destin Mballa
Destin Mballa, journaliste camerounais.

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