La crise énergétique alimentée par le conflit au Moyen-Orient replace les pays africains producteurs de gaz et de pétrole au cœur des arbitrages stratégiques mondiaux. Les 22 et 23 avril, le forum Invest in African Energy (IAE) a réuni à Paris dirigeants, investisseurs et régulateurs autour d’une question centrale : comment transformer la volatilité actuelle des marchés en levier de développement pour les économies africaines. Verner Ayukegba, vice-président de la Chambre africaine de l’énergie, estime que la conjoncture ouvre une fenêtre rare pour les producteurs du continent, à condition qu’ils sachent la saisir sans tarder.
Une reconfiguration des flux qui profite aux hydrocarbures africains
Les tensions persistantes dans le Golfe et les incertitudes sur les routes maritimes stratégiques, à commencer par le détroit d’Ormuz et la mer Rouge, fragilisent les approvisionnements traditionnels de l’Europe et de l’Asie. Dans ce contexte, les cargaisons de gaz naturel liquéfié (GNL) et de brut en provenance du golfe de Guinée, du Mozambique ou de l’Afrique du Nord gagnent mécaniquement en attractivité. Les acheteurs européens, toujours engagés dans leur sevrage du gaz russe, cherchent des partenaires géographiquement proches et politiquement lisibles.
Le Nigeria, l’Angola, l’Algérie, la Libye, le Congo, le Gabon, le Sénégal et la Mauritanie figurent parmi les bénéficiaires potentiels de ce rebattement des cartes. La mise en service progressive du projet Grand Tortue Ahmeyim, opéré par BP à la frontière sénégalo-mauritanienne, illustre l’entrée de nouveaux acteurs sur la carte mondiale du GNL. Le Mozambique, malgré les défis sécuritaires dans la province de Cabo Delgado, conserve lui aussi un potentiel de production considérable avec les projets portés par TotalEnergies et ENI.
Le pari de la Chambre africaine de l’énergie : investir maintenant
Pour Verner Ayukegba, la hausse des prix et la recherche de fournisseurs alternatifs ne suffiront pas, à elles seules, à faire basculer le continent dans une nouvelle ère énergétique. Le dirigeant plaide pour une accélération des décisions finales d’investissement, encore freinées par les politiques de désengagement des bailleurs occidentaux à l’égard des hydrocarbures. La Chambre africaine de l’énergie défend de longue date l’idée que l’Afrique, responsable d’une part marginale des émissions mondiales de CO2, doit pouvoir exploiter ses ressources fossiles pour financer son industrialisation et son électrification.
Le raisonnement s’appuie sur une donnée difficilement contestable : près de 600 millions d’Africains demeurent privés d’accès à l’électricité. Le gaz naturel, présenté comme énergie de transition, est régulièrement mis en avant pour alimenter les centrales thermiques, les unités d’engrais et les industries lourdes nécessaires à la transformation locale des matières premières. La crise actuelle, en redonnant de la valeur aux molécules africaines, pourrait ainsi débloquer des financements jusque-là suspendus.
Des obstacles structurels qui tempèrent l’euphorie
Reste que la capacité des producteurs africains à capter durablement cette demande dépendra de leur aptitude à lever plusieurs verrous. La sécurité des infrastructures, d’abord, constitue un enjeu récurrent, comme l’ont rappelé les attaques répétées contre les oléoducs au Nigeria ou les tensions dans le bassin du lac Tchad. Le cadre réglementaire, ensuite, doit offrir une visibilité suffisante aux majors internationales, dont les horizons d’investissement se comptent en décennies.
À cela s’ajoute la question du financement. Les banques européennes et nord-américaines, contraintes par leurs engagements climatiques, se sont largement retirées du financement des projets pétroliers et gaziers africains. Les capitaux asiatiques, notamment chinois et moyen-orientaux, occupent progressivement le terrain laissé vacant, modifiant au passage les équilibres géopolitiques du secteur. Le forum parisien de l’IAE vise précisément à ramener les investisseurs européens vers un continent qu’ils ont, pour partie, cessé de regarder.
Concrètement, la fenêtre évoquée par Verner Ayukegba exige une coordination accrue entre États producteurs, compagnies nationales et partenaires techniques. Les prochains mois diront si les discussions engagées à Paris se traduisent par des signatures effectives ou si la dynamique retombe au rythme d’une éventuelle désescalade au Moyen-Orient. Selon RFI Afrique.
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