Gabon : Pourquoi Jean Ping a perdu la bataille à la Cour constitutionnelle ?

L'ancien président de l'Union Africaine, Jean Ping

Annonces

Partagez!

Au Gabon, le contentieux né de la contestation des résultats provisoires de l’élection présidentielle du 27 août dernier a connu son épilogue vendredi 23 septembre 2016 à la Cour constitutionnelle. Et, Jean Ping a perdu la bataille.

La Cour constitutionnelle a rendu son verdict, proclamant définitivement Ali Bongo Ondimba, président de la République, avec 50,66% des suffrages exprimés contre 49,12% annoncés lors des résultats provisoires. Son principal adversaire, Jean Ping est crédité de 47,24% contre 48, 16% antérieurement.

Si dans le camp du président de la République élu, l’heure est à la satisfaction, il n’en est pas de même du côté du candidat malheureux Jean Ping où l’on continue de s’interroger sur les raisons pour lesquelles la requête en contestation des résultats provisoires donnant Ali Bongo vainqueur déposée le 8 septembre dernier à la Haute cour n’a pas pu prospérer.

Deux stratégies opposées

Rien à avoir avec un quelconque charlatanisme ou un incontestable parti-pris. La réponse réside et est à chercher dans les stratégies mises en exergue dans les deux camps adverses.

Offensif, dans son recours à la Cour constitutionnelle, Jean Ping contestait uniquement les résultats de la province du Haut-Ogooué pour lesquels il exigeait le recomptage des voix bureau de vote par bureau de vote. Erreur.

A l’opposé de son adversaire, dans sa posture de vainqueur provisoirement déclaré, Ali Bongo et son panel des avocats conseils certainement plus futés ont choisi l’option de l’esquive.

Ils se sont résolus à faire une demande reconventionnelle dans leur mémoire de défense en s’appuyant principalement sur la loi.

Ce choix a été stratégiquement déterminant et payant pour le président Ali Bongo qui s’en sort à bons comptes.

Et, en la matière, c’est la loi n°16/96 du 15 avril 1996 portant dispositions spéciales relatives à l’élection du président de la République telle que doublement modifiée par l’ordonnance n°18/98 du 14 août 1998 ainsi que par la loi n°11/2004 du 6 janvier 2005 qui est en vigueur et régit l’élection présidentielle au Gabon qui a permis de démêler l’écheveau.

Abordons en premier la question de la circonscription couvrant la présidentielle.

Au chapitre 3, en son article 9, cette loi dispose que « La circonscription électorale pour ce qui concerne les élections présidentielles est constituée par l’ensemble du territoire national étendu aux missions et représentations diplomatiques et consulaires du Gabon ». On avance !

De ce point de vue, l’on doit à la vérité de reconnaitre qu’exiger uniquement le recomptage des voix pour la seule province du Haut-Ogooué cache mal une stigmatisation contre les ressortissants de ce coin de la République.

Loin de le grandir, cet acte assimilable à un appel à la vindicte populaire d’une partie des Gabonais contre d’autres Gabonais, semble avoir étiolé le statut d’homme d’Etat du candidat Ping. Il y a bien plus !

Visiblement rompus à la tâche et mettant à profit les bénéfices du chapitre 8 de la loi n°11/2004 du janvier 2005 portant sur la détermination de l’élu, le panel des avocats et conseils d’Ali Bongo Ondimba ont ainsi exigé le recomptage des voix pour l’ensemble de 2580 bureaux de vote concernés par cette présidentielle.

Dans son article 15 du chapitre 8, cette loi n°11/2004 du janvier 2005 dispose que « Les résultats globaux de chaque commission provinciale électorale et de chaque commission consulaire électorale de l’élection du président de la République sont recensés et centralisés par la commission nationale électorale. Après leur annonce par le ministre chargé de l’Intérieur, ils sont transmis sans délai par la commission nationale électorale à la Cour constitutionnelle et au conseil national de la démocratie ».

Face aux avocats adverses de Jean Ping, doit-on relever, presqu’à court d’arguments, la partie défenderesse dirigée par Me Francis Nkea a vite pris de l’ascendant.

Toujours en conformité au chapitre 8 de la loi n°11/2004 du 6 janvier 2005, en vertu de ses missions de contrôle de régularité de l’ensemble des opérations électorales telles que définies dans l’article 17, la Cour constitutionnelle a procédé à la vérification de l’ensemble du processus.

C’est ainsi qu’elle a fini par rectifier certaines erreurs dans les résultats querellés de certains bureaux du Haut-Ogooué en plus de l’annulation des résultats dans 21 bureaux du 2ème arrondissement à Libreville favorables au candidat Jean Ping mais jugés trafiqués par les juges de la Haute cour.

Voilà qui justifie la remontée des résultats en faveur du chef de l’Etat Ali Bongo et les résultats revus à la baisse au détriment de son principal adversaire Jean Ping.

Comme leçon à retenir, force reste à la loi. Même si elle est dure et implacable.

Comments

commentaires

Actualité africaine

About the Author

Lazard Obiang
Lazard possède 10 ans d'expérience dans le journalisme en ligne. Il s'occupe pour AfricTelegraph de l'actualité politique et économique au Cameroun, au Gabon et au Congo. Il travaille avec différentes presse en ligne au Gabon notemmant lenouveaugabon.com.

1 Comment on "Gabon : Pourquoi Jean Ping a perdu la bataille à la Cour constitutionnelle ?"

  1. Autrement dit, vous voulez dire que cette Cour Constitutionnelle est crédible ?

Laisser un commentaire