Abidjan s’impose cette semaine comme le centre ouest-africain de la réflexion sur la gestion des catastrophes. La métropole ivoirienne accueille la 17e réunion du Groupe d’experts de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (GECEAO), rendez-vous institutionnel dédié à la coordination régionale face aux risques naturels, climatiques et technologiques. Les délégations des quinze États membres de la CEDEAO prennent part aux échanges, aux côtés de représentants d’agences spécialisées et de partenaires techniques.
Un cadre régional pour anticiper les crises
Le GECEAO fait office d’organe technique auprès des autorités politiques de la CEDEAO. Sa mission : proposer des orientations communes en matière de réduction des risques de catastrophe, domaine où la fragmentation des politiques nationales pénalise encore l’efficacité collective. Les travaux d’Abidjan portent sur l’actualisation des plans de contingence, la mutualisation des données d’alerte et l’opérationnalisation des mécanismes de réponse rapide.
La démarche s’inscrit dans le prolongement du Cadre de Sendai, feuille de route onusienne pour la période 2015-2030, auquel les États de la sous-région ont adhéré. Elle prend également appui sur la Politique humanitaire de la CEDEAO, qui fixe des objectifs de coordination entre agences nationales de protection civile. Reste que la traduction concrète de ces engagements demeure inégale d’un pays à l’autre, faute de ressources humaines et budgétaires suffisantes.
L’urgence climatique redessine la carte des risques
L’Afrique de l’Ouest figure parmi les zones les plus exposées aux effets du dérèglement climatique. Les inondations de l’été 2024 au Nigeria, au Niger et au Tchad ont fait plusieurs centaines de victimes et déplacé des millions d’habitants. La Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Ghana ont également connu des épisodes pluviométriques exceptionnels, mettant à l’épreuve des infrastructures urbaines sous-dimensionnées. À ces phénomènes hydrométéorologiques s’ajoutent la sécheresse sahélienne, l’érosion côtière et la recrudescence d’épidémies transfrontalières.
Face à cette accumulation de menaces, les experts réunis à Abidjan plaident pour un renforcement des systèmes d’alerte précoce. L’enjeu est à la fois technique — interopérabilité des plateformes météorologiques, partage de données satellitaires — et institutionnel, avec la nécessité de désigner des points focaux nationaux capables de dialoguer en temps réel. La question du financement reste centrale, les mécanismes d’assurance régionale peinant à couvrir l’ampleur des sinistres.
Abidjan, vitrine diplomatique de la Côte d’Ivoire
Le choix d’Abidjan pour cette 17e session n’est pas anodin. La Côte d’Ivoire a fait de la diplomatie de conférence l’un des vecteurs de son rayonnement régional, multipliant ces dernières années l’accueil de sommets sectoriels. Le pays dispose par ailleurs d’un Office national de la protection civile réorganisé, appelé à jouer un rôle moteur dans la coordination sous-régionale. Les autorités ivoiriennes entendent valoriser leur expérience en matière de gestion des inondations urbaines, notamment à travers les plans déployés dans le Grand Abidjan.
La tenue de cette réunion intervient dans un contexte politique délicat pour la CEDEAO, fragilisée par le retrait annoncé du Mali, du Burkina Faso et du Niger. La coopération en matière de gestion des catastrophes pourrait toutefois constituer l’un des rares terrains où le dialogue technique demeure possible avec les États de l’Alliance des États du Sahel, les urgences humanitaires transcendant les fractures politiques. Plusieurs participants soulignent à cet égard l’intérêt d’une approche pragmatique, centrée sur les populations affectées.
Les conclusions attendues à l’issue des travaux devraient alimenter la prochaine réunion ministérielle de la CEDEAO consacrée à la protection civile. Elles porteront notamment sur la mobilisation des ressources, la formation des agents nationaux et l’articulation avec les partenaires internationaux, dont l’Union africaine, les Nations unies et la Banque mondiale. Selon Abidjan.net, les discussions doivent également permettre d’affiner un agenda commun pour les deux prochaines années.
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