La croissance économique du Cameroun a conservé un tempo solide au troisième trimestre 2025, selon les indicateurs conjoncturels diffusés par les autorités statistiques. Le pays d’Afrique centrale affiche une progression de son produit intérieur brut qui confirme la trajectoire amorcée en début d’exercice, tout en laissant apparaître des contrastes sectoriels significatifs. Pour les décideurs économiques, ces chiffres dessinent une photographie exigeante : la machine tourne, mais pas à l’unisson.
Un tertiaire moteur, une industrie en quête de souffle
Le secteur des services demeure le principal pilier de l’activité nationale sur la période observée. Télécommunications, commerce, transport et services financiers tirent la dynamique, portés par une consommation intérieure qui résiste malgré les pressions inflationnistes persistantes. Cette vigueur du tertiaire prolonge une tendance amorcée depuis plusieurs trimestres et confirme le poids croissant des activités immatérielles dans la formation de la valeur ajoutée camerounaise.
L’industrie, en revanche, envoie des signaux plus ambivalents. Les industries extractives continuent de peser sur la performance globale, en raison notamment du déclin structurel de la production d’hydrocarbures. Le raffinage, les industries manufacturières et l’agroalimentaire affichent des performances hétérogènes, oscillant entre reprise graduelle et contraintes d’approvisionnement. Cette situation rappelle que la diversification productive, objectif récurrent des plans de développement successifs, demeure un chantier inachevé.
Agriculture et bâtiment : des dynamiques divergentes
Le secteur primaire traverse une séquence mitigée. L’agriculture vivrière bénéficie de conditions globalement favorables, tandis que l’agriculture d’exportation subit la volatilité des cours mondiaux du cacao, du café et du coton. Ces filières, qui structurent l’économie rurale et les recettes en devises, restent exposées aux aléas climatiques et aux tensions logistiques régionales. La filière bois, elle, compose avec les exigences croissantes de traçabilité imposées par les marchés européens.
Dans le bâtiment et les travaux publics, l’activité progresse à la faveur de chantiers d’infrastructures engagés dans plusieurs régions. Les projets routiers, énergétiques et urbains mobilisent la commande publique et entretiennent un carnet de commandes consistant pour les opérateurs locaux. Cette dynamique participe à la formation brute de capital fixe et soutient indirectement l’emploi, particulièrement dans les grandes métropoles.
Un environnement macroéconomique sous surveillance
Au-delà des performances sectorielles, la trajectoire camerounaise s’inscrit dans un contexte régional exigeant. La zone CEMAC, dont le Cameroun constitue la première économie, demeure suivie de près par les institutions financières internationales. La discipline budgétaire, la gestion de la dette publique et la préservation des réserves de change de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) figurent parmi les paramètres scrutés par les partenaires multilatéraux.
Les tensions inflationnistes, bien que contenues par rapport aux pics observés en 2022 et 2023, continuent d’éroder le pouvoir d’achat des ménages. Cette réalité pèse sur la demande intérieure et explique en partie le caractère contrasté de la croissance. Concrètement, les ménages urbains arbitrent davantage leurs dépenses, ce qui profite à certains segments du commerce tout en fragilisant d’autres.
Enjeux stratégiques pour la fin d’exercice
À l’approche de la clôture budgétaire, plusieurs variables détermineront la performance annuelle consolidée. L’exécution des dépenses d’investissement public, la tenue des cours des matières premières exportées et la fluidité des corridors logistiques régionaux constitueront des points d’appui ou, à l’inverse, des sources de contrariété. Les autorités camerounaises ont réaffirmé leur volonté de préserver les équilibres macroéconomiques tout en accélérant les réformes structurelles attendues par les bailleurs.
Pour les investisseurs présents en Afrique centrale, la lecture du troisième trimestre invite à une analyse granulaire. Les opportunités se concentrent désormais dans les segments tertiaires avancés, les infrastructures et certaines niches agro-industrielles à forte valeur ajoutée. Reste que la transformation locale des ressources, condition d’une croissance plus inclusive, demeure le véritable indicateur à suivre dans les prochains trimestres. Selon Journal du Cameroun.
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