L’électricité en RDC redevient une priorité affichée du pouvoir exécutif, après deux décennies d’atonie investissement et de pannes structurelles sur le réseau de la Société nationale d’électricité (SNEL). L’entretien accordé par Sandrine Ngalula Mubenga à Forbes Afrique, et commenté par l’ancien ministre des Finances Nicolas Kazadi, dresse le tableau d’un secteur en mouvement, porté par la libéralisation engagée depuis la loi de 2014. Les chiffres avancés témoignent d’une dynamique réelle : la capacité installée serait passée de 2 972 mégawatts en 2020 à 4 133 mégawatts fin 2025, soit une progression de 39 % en cinq ans. Le taux de desserte, indicateur le plus parlant pour les ménages, aurait pour sa part bondi de 17 % à 29 % sur la même période.
Un secteur électrique congolais en recomposition
La trajectoire décrite par l’ex-vice-présidente de l’Autorité de régulation du secteur de l’électricité (ARE) s’appuie sur plusieurs leviers convergents. L’arrivée de nouveaux opérateurs privés, la multiplication des projets solaires décentralisés, le renforcement progressif du cadre réglementaire et la production de données sectorielles plus fiables forment l’ossature de cette mue. Concrètement, la fin du monopole historique de la SNEL a ouvert la voie à des producteurs indépendants et à des mini-réseaux, en particulier dans les provinces orientales et au Kasaï, où le réseau interconnecté demeure embryonnaire.
L’argument climatique pèse également. Avec un potentiel hydroélectrique estimé à plus de 100 000 mégawatts, dont une fraction infime exploitée, la RDC dispose d’un gisement décarboné parmi les plus importants du continent africain. Le solaire vient compléter cette ressource pour les zones non raccordées, où le coût du diesel reste prohibitif pour les ménages comme pour les petites industries minières du Haut-Katanga et du Lualaba.
Les chiffres à manier avec précaution
Reste que les indicateurs publiés appellent une lecture prudente. Un taux de desserte national de 29 % masque de fortes disparités entre Kinshasa, Lubumbashi et l’arrière-pays rural, où l’accès demeure résiduel. La capacité installée, par ailleurs, ne dit rien de la capacité réellement disponible : sur le réseau congolais, le différentiel entre puissance théorique et puissance effectivement injectée reste considérable, en raison de la vétusté des ouvrages d’Inga I et Inga II et des pertes techniques et commerciales.
Nicolas Kazadi, dans son commentaire, invite précisément à saluer l’effort sans céder à l’autosatisfaction. L’ancien argentier de Kinshasa connaît les écueils des annonces énergétiques congolaises : le projet Inga III, négocié depuis plus de quinze ans avec divers consortiums chinois et espagnols, illustre la difficulté à transformer les protocoles d’accord en kilowattheures livrés. Plusieurs financements bilatéraux et multilatéraux ont été mobilisés sans que les chantiers structurants atteignent leur point d’équilibre économique.
Éviter la répétition des erreurs passées
L’enjeu, pour les décideurs publics et les bailleurs partenaires de la RDC, consiste désormais à pérenniser la trajectoire. Cela suppose une discipline tarifaire qui permette à la SNEL et aux nouveaux entrants de couvrir leurs coûts d’exploitation, une gouvernance transparente des appels d’offres, et une articulation claire entre grands barrages, centrales thermiques d’appoint et solutions hors réseau. La crédibilité du régulateur, l’ARE, sera déterminante pour rassurer les investisseurs privés sollicités sur les segments de la production et de la distribution concédée.
L’autre angle mort concerne la demande industrielle. Le boom du cuivre et du cobalt dans le sud du pays, tiré par la transition énergétique mondiale, fait exploser les besoins en mégawatts fermes des opérateurs miniers. Sans contrats de fourniture stables, les groupes installés dans le corridor de Kolwezi continueront à recourir à l’importation depuis la Zambie ou à des solutions captives, privant la RDC de recettes et de souveraineté énergétique.
Dans ce contexte, la prochaine étape attendue par les analystes porte sur la traçabilité des engagements pris par Kinshasa et sur la publication régulière d’indicateurs auditables. La hausse affichée de la desserte n’aura de portée stratégique que si elle s’accompagne d’une amélioration tangible de la qualité du service, sujet sur lequel les usagers congolais demeurent critiques. Selon Financial Afrik.
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