UGTT : Salaheddine Selmi prononce son premier discours du 1er mai

Crowd gathered at a protest with signs and various flags in daylight.Photo : Afitab / Pexels

L’Union générale tunisienne du travail (UGTT) a profité de la fête internationale des travailleurs pour mettre en scène son unité retrouvée et tester l’autorité de son nouveau patron. Salaheddine Selmi, élu à la tête de la plus puissante organisation de la société civile tunisienne, a livré son premier discours officiel devant des militants venus en nombre. L’enjeu, pour le syndicat, était double : asseoir la légitimité de son dirigeant et rappeler au pouvoir exécutif l’existence d’un contre-poids social capable de peser sur l’agenda national.

Une centrale syndicale en quête d’un nouveau souffle

La prise de parole de Salaheddine Selmi intervient dans une séquence politique tendue. Depuis la concentration des pouvoirs opérée par le président Kaïs Saïed, l’UGTT a vu son espace de négociation se réduire et plusieurs de ses interlocuteurs traditionnels disparaître des arènes officielles. Le rassemblement de Tunis visait précisément à montrer que la centrale, forte de ses centaines de milliers d’adhérents, conserve une capacité de mobilisation intacte.

Devant ses militants, le secrétaire général a inscrit son mandat dans la continuité du combat historique de l’organisation, héritière d’une tradition syndicale qui a marqué chaque grande inflexion politique du pays depuis l’indépendance. La référence est tout sauf anodine : l’UGTT a déjà servi d’arbitre lors des transitions de 2013 et 2014, et le rappel de ce poids historique fonctionne comme un avertissement. Le ton, sans appeler à la rupture, a marqué une volonté de fermeté.

L’absence de dialogue social comme ligne de fracture

Le cœur du discours a porté sur le blocage des négociations entre la centrale et le gouvernement. L’UGTT dénonce depuis plusieurs mois l’unilatéralisme de l’exécutif sur les dossiers économiques et sociaux, qu’il s’agisse des salaires, du statut de la fonction publique ou de la restructuration des entreprises publiques. Pour Salaheddine Selmi, l’absence de cadre tripartite – État, patronat, syndicats – fragilise la cohésion sociale dans un pays confronté à une inflation persistante et à un chômage élevé.

Le syndicat reproche au pouvoir de gouverner par décrets sans consultation préalable des partenaires sociaux. Cette méthode, jugée incompatible avec les pratiques héritées de la période post-2011, alimente une défiance croissante au sein des fédérations professionnelles, en particulier dans l’enseignement, la santé et les transports. Le 1er mai a fourni la tribune idéale pour formaliser ce grief et signaler que la patience syndicale a des limites.

Un rapport de force à reconstruire

Au-delà du symbole, la mobilisation du 1er mai sert de test grandeur nature pour le nouveau secrétaire général. Sa marge de manœuvre dépendra de sa capacité à maintenir la cohésion interne d’une organisation traversée par des courants idéologiques divers, tout en évitant un affrontement frontal qui pourrait exposer le syndicat à des mesures de rétorsion. La ligne défendue à Tunis privilégie la pression méthodique plutôt que la confrontation immédiate.

Le contexte économique alourdit la facture politique de l’immobilisme. Tunis négocie depuis plusieurs années avec le Fonds monétaire international (FMI) un programme d’appui dont les conditions, notamment la réduction de la masse salariale publique et la levée progressive des subventions, heurtent frontalement les positions de l’UGTT. Toute avancée sur ce dossier passera nécessairement par une forme de compromis avec la centrale, sauf à risquer une explosion sociale.

Les prochaines semaines diront si Salaheddine Selmi parvient à transformer le capital de mobilisation affiché lors de cette journée du 1er mai en levier de négociation effectif. Le pouvoir, jusqu’ici, n’a montré aucun signe d’inflexion sur la méthode. Reste à savoir si la pression syndicale, conjuguée à la dégradation des indicateurs économiques, suffira à rouvrir un canal de discussion durable. Selon RFI Afrique, le rassemblement a permis au nouveau dirigeant de poser publiquement les bases de sa stratégie face à l’exécutif.

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Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

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