Brésil : la crise institutionnelle n’aura pas lieu

Vue aérienne de Sao Paulo, au Brésil.Image par Joel santana Joelfotos de Pixabay

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Si une partie de la communauté internationale craignait que Jair Bolsonaro confisque le pouvoir au Brésil, le président sortant s’est engagé mardi à respecter la Constitution et à engager le processus de transition. Il n’a toutefois pas reconnu explicitement sa défaite, alors que la tension retombe progressivement dans le pays.

Les Brésiliens ont élu dimanche, à la présidentielle, le candidat de gauche Luiz Inacio Lula da Silva à 50,9% des voix, contre 49,1% pour le président sortant Jair Bolsonaro. Cette victoire de l’ancien chef d’Etat (2002-2010) a été largement saluée dans le monde entier, de Washington à Pékin, en passant par Londres, Paris et Moscou. Elle sonne le glas d’un pouvoir vomi pour sa politique environnementale et sanitaire. Il manquait cependant la cerise sur le gâteau : le discours de Jair Bolsonaro pour reconnaitre sa défaite. La communauté internationale craignait qu’il confisque le pouvoir eu égard à ses récentes déclarations.

Une sortie au bon moment

Après la proclamation des résultats, le leader d’extrême droite s’était justement muré dans un silence total, depuis sa résidence officielle d’Alvorada (Brasilia). Heureusement, il a fini par prendre la parole, le mardi 1er novembre, à la grande satisfaction de tous. Le pays faisait face, depuis deux jours, à des manifestations violentes de soutien au président sortant. « Tant que je serai président de la République, a-t-il dit, je continuerai à respecter la Constitution ». Jair Bolsonaro s’est engagé, avec son équipe, à débuter le processus de transition qui se terminera officiellement le 1er janvier.

Le pays partiellement paralysé

Mais il n’a pas félicité Lula pour sa victoire et n’a pas, non plus, reconnu explicitement sa courte défaite. Qu’à cela ne tienne, cette allocution devrait contribuer à baisser la tension au Brésil où les partisans de l’extrême droite ne digère toujours pas l’élection du candidat de gauche. Ces militants, en particulier les chauffeurs de camions, ont dressé plus de 250 barrages routiers dans au moins 23 des 27 Etats du Brésil. La police a du tirer des gaz lacrymogènes pour lever certains des barrages, notamment à Rio de Janeiro, à Brasilia, la capitale politique, et à Sao Paulo la capitale économique.

Bolsonaro fait preuve de sagesse

Jair Bolsonaro a condamné blocages de routes qui « empêchent la liberté de circulation » dans le pays, selon lui. Il a également appelé à des manifestations plus « pacifiques ». Malgré tout, il estime que « ces mouvements populaires sont le fruit d’un sentiment d’indignation et d’injustice ». La sortie du président sortant constitue au moins un grand soulagement pour ceux qui craignaient une guerre civile au Brésil. Elle fait également mentir ses détracteurs, qui s’attendaient à ce qu’il joue le mauvais perdant comme Donald Trump.

Une leçon de démocratie pour l’Afrique

Au regard des évènements en cours, les observateurs politiques pensent que le risque d’une grande crise institutionnelle et d’un conflit est très faible au Brésil. Et cela même si le pays est plus que jamais polarisé entre pro Bolsonaro et pro Lula. On doit en partie cette accalmie à une certaine hauteur d’esprit du leader d’extrême droite, malgré sa courte défaite. Dans d’autres pays, cette différence minime de 1,8% aurait été le prétexte d’une grave crise post-électorale. Il faut également saluer l’indépendance et l’intégrité des juridictions électorales et de l’armée brésiliennes. Une vraie leçon de démocratie du Brésil !