Burkina Faso : un retour à point nommé pour Blaise Compaoré ?

Une carte du Burkina Faso.

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Après huit ans d’exil en Côte d’Ivoire, Blaise Compaoré a regagné le Burkina Faso le jeudi 7 juillet 2022. L’ancien président serait rentré pour prendre part au processus de réconciliation nationale et pour aider à trouver des solutions contre le terrorisme. Il ne pouvait pas espérer un meilleur contexte pour son retour au pays natal.

Blaise Compaoré est retourné au Burkina Faso jeudi pour la première fois depuis qu’il a été chassé du pouvoir en 2014 par une insurrection populaire. Poussé à l’exil, il avait choisi de se réfugier en Côte d’Ivoire, état voisin dirigé par son ami Alassane Ouattara. Si plusieurs dizaines de ses partisans ont jubilé à l’aéroport de Ouagadougou jeudioi, il faut préciser que le retour de l’ancien président n’est pas définitif.

Un appel à l’arrestation de l’exilé

En effet, il s’agit simplement d’un séjour de quelques jours à l’invitation du lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, chef de la junte militaire. Celui qui a dirigé le Burkina Faso pendant 27 ans (1987-2014) devait assister à une rencontre ce vendredi 8 juillet 2022 au palais de Kossyam avec d’autres anciens présidents burkinabè. Parmi lesquels Jean-Baptiste Ouédraogo (1982-1983), Isaac Zida (2014) actuellement en exil au Canada, Michel Kafando (2014-2015) et Roch Marc Christian Kaboré (2015-2022), renversé en janvier dernier par les militaires.

La réunion de ce jour n’a pas eu lieu en raison de l’absence de plusieurs des invités. Isaac Zida a prétexté une procédure pour son visa au Canada, Michel Kafando a évoqué son état de santé et Roch Marc Kaboré a été retenu à sa résidence par des manifestants. Cette entrevue devait permettre de mutualiser les énergies et les synergies pour lutter efficacement contre le terrorisme et accélérer la réconciliation nationale. A vrai dire, les Burkinabés dans leur ensemble n’approuvent pas la participation de Compaoré à cette initiative. Ils réclament même l’arrestation de l’ancien président, reconnu coupable par contumace et condamné à la prison à vie en avril dernier pour l’assassinat de Thomas Sankara.

Compaoré au secours d’une junte aux abois ?

Jeudi, la présidence de la république du Faso a précisé que la réunion des ex chefs d’Etat n’entravera pas les procédures judiciaires engagées contre certains. Ce qui fait croire à certains que Blaise Compaoré sera arrêté pour répondre de ses crimes devant la justice. Pour Me Bénéwende Stanislas Sankara, avocat de la famille de Thomas Sankara, « ce serait une forfaiture si Blaise Compaoré venait au Burkina Faso et en repartait allègrement ». Mais on n’imagine mal les putschistes retenir l’ancien président qui est venu de lui-même et sans doute avec des garanties obtenues par Abidjan.

Aussi, la junte aux abois face au terrorisme semble chercher l’expertise du président déchu pour ramener la sécurité au Burkina Faso. Sous le règne de Compaoré, le pays n’a jamais connu d’attaques djihadistes ni de véritables troubles internes. C’est d’ailleurs après sa chute que le terrorisme a gagné ce territoire, faisant dire à certains qu’il était le parrain de ce fléau en Afrique de l’ouest…Aujourd’hui, ses osent voir en lui l’homme de la situation et le potentiel sauveur d’un Etat en perdition.

Prendre en exemple la Côte d’Ivoire

Au regard du contexte, il faut reconnaitre que Blaise Compaoré revient au pays au bon moment. Les Burkinabés attendent l’homme providentiel pour sauver la patrie. Or, il a prouvé qu’il savait s’y prendre avec les terroristes. On pense donc que le Burkina Faso aura besoin de ses connaissances et de ses méthodes. Des militaires comme Paul-Henri Sandaogo Damiba ne diront pas le contraire, eux qui ont été sous ses ordres. On pourrait ainsi assister à une annulation ou une suspension de la décision de justice le concernant. Certains de ses partisans invoquent déjà le cas de la Côte d’Ivoire, où Laurent Gbagbo a bénéficié d’une amnistie à son retour de la CPI (Cour Pénale Internationale), en juin 2021. En 2018, il avait été condamné à 20 ans de prison par la justice ivoirienne.

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