Gabon: comment saboter un processus électoral?

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Le Gabon est le seul pays de la sous région à avoir laissé les communications électroniques ouvertes pendant son élection présidentielle. Le Congo, le Tchad avaient eux coupé toutes les communications. Mal lui en a pris! A l’annonce des résultats, Jean Ping a organisé les attaques des supermarchés et de l’assemblée nationale en s’appuyant sur la messagerie whatsapp. Le Gabon a été victime d’un nouveau genre d’attaques.

Tout commence par le recrutement d’informaticiens experts des élections. Ils sont recommandés et payés par le National Democratic Institute (NDI) du bureau de Côte d’Ivoire. Objectif officiel: mettre en place une plateforme qui permette de compiler les résultats. Tout cela se fait par l’intermédiaire d’un camerounais. Mamadi Diané, le Conseiller Spécial de Ouattara, les introduit chez Jean PING. Cette équipe a déjà travaillé pour Denis Sassou Nguesso au Congo et Obiang Nguema en Guinée Equatoriale. Des PV de leurs élections ont été retrouvés sur leurs ordinateurs par les services de sécurité gabonais. Ces documents permettent de comprendre comment ces deux présidents ont fait pour être élu dans leur pays respectif.

L’objectif officieux de l’équipe est de mettre en place une application qui inonde les réseaux sociaux de fausses informations. Elle permet de créer une opinion nationale et internationale défavorable au candidat qu’on ne souhaite pas voir gagner. Ainsi, de nombreuses vidéos sont créées bien avant l’annonce des résultats afin de crédibiliser les images qui seront diffusées.

REGAB: une application crédibilisée par RFI

RFI est le premier média qui a crédibilisé cette application. Elle s’appelle REGAB (Regardez les Elections au Gabon). Mais REGAB est développée et payée par le clan PING. Elle doit permettre au monde entier de recevoir les informations de compilation que l’équipe Ping souhaite diffuser. La société civile gabonaise a pourtantintox REGAB dénoncé cette application en présence des observateurs internationaux. REGAB n’a pas été développée en collaboration avec les partis politique gabonais, la CENAP ou même le Conseil National de la Démocratie.

Ainsi, une heure avant la fermeture des bureaux de vote, l’application prédisait déjà que Jean Ping gagnait avec 80% de votes. Jean PING, lui même, souhaitait passer à la télévision pour se proclamer Président de la République le soir du vote.

Nos équipes ont téléchargé le logiciel le jour du vote. Elles se sont aperçu, qu’en faite, personne ne pouvait soumettre de résultats. En fait, les résultats ne pouvaient être soumis que par certaines personnes bien définies au sein du clan Ping.

Annoncer ses propres résultats avant la CENAP

Dans son témoignage, l’informaticien de Jean PING, SIHIFOWA YÉO déclare qu’au lendemain du vote, Jean PING n’a collecté que 600 PV de bureaux de votes sur les 2600 que compte le pays.

C’est un fait qui permet de comprendre l’état d’esprit du candidat malheureux: il s’appuie sur les réseaux sociaux afin de manipuler l’opinion publique internationale. Ainsi il s’autoproclame Président de la République n’ayant dépouillé que 600 PV, bien choisis par ses équipes.

Et le processus électoral dans tout ça?

Ce système aurait pu permettre de mettre à mal toutes les institutions électorales gabonaises. Pour lui, l’opinion internationale se baserait uniquement sur les résultats fournis par le clan Ping. Le vide de communication laissé par la CENAP, qui n’avait pas encore reçu tous les PV des bureaux de votes, n’a fait qu’aggraver la situation.

Alors pourquoi, cette application qui pourrait être une avancée pour le contrôle des processus électoraux en Afrique, a-t-elle un gros défaut?

C’est très simple. Cette application n’a pas était mise en place par l’ensemble des partis politiques. Mais uniquement par le camp Ping. Personne ne sait comment sont compilés les résultats. Les seules personnes ayant accès à ce système sont des ivoiriens recrutés par Jean PING.

Ensuite, ces informaticiens sont payés exclusivement par le clan Ping. Il est à noter que ces derniers ne connaissent rien à la géographie gabonaise. Un témoin affirme: « lorsque les PV leur étaient remis pour compilation, ils ne savaient pas dans quelle province les intégrer… »

Des informaticiens venus officiellement pour installer le réseau informatique d’un pétrolier

Officiellement, ces informaticiens sont venus au Gabon pour installer le réseau informatique d’une société pétrolière. Comment se retrouvent-ils impliqués dans le développement d’une application de compilation de vote d’une élection présidentielle? Pourquoi Carl MINHINDOU, proche collaborateur de Frank PING, a-t-il voulu cacher cela sur la lettre d’invitation qu’il leur a faite? Enfin, aucun contrat de travail n’a été signé ou déclaré au ministère du travail gabonais.

Ingérence étrangère?

Des enregistrements ont permis d’identifier des conversations entre Monsieur Diané, Conseiller Spécial de Ouattara et Jean PING. Dans ces enregistrements, on entend Monsieur Diané demander à Jean PING de faire sauter la CENAP, par démission de certains membres.

Organiser des manifestations « spontanées » pour accréditer le soutien du peuple gabonais

C’est une idée de Mamadi Diané. Dans une conversation audio, il demande  à l’épouse de Jean PING, Jeannine, de faire descendre « leurs gens dans les rues ». Cela se soldera par la destruction et le pillage de 50 supermarchés et magasins. Le gouvernement sera obligé suite à ces destructions de restreindre les accès aux réseaux sociaux.

Diané demande aussi à Madame Ping de consulter l’ambassade des Etats-Unis au Gabon pour lui fournir un support diplomatique. Et il affirme que l’ex mari de l’ambassadrice des Etats-Unis travaille pour lui aux Etats Unis.

Des observateurs de l’Union Européenne chez Ping nuitamment

Comment expliquer que des observateurs de l’Union Européenne (UE) se rendent toujours nuitammeue-obsnt au domicile privé de Monsieur Ping?

La veille de l’annonce des résultats, Xavier NOC, observateur de l’Union Europénne, se rend tard dans la nuit chez Paul Gondjout. Paul est membre de l’opposition à la Commission Electorale (CENAP). Il a démissioné de l’institution sur instruction de Mamadi Diané « pour créer le chaos ».

Le 9 septembre, en total contradiction avec le code de conduite qu’ils ont signé, Alice Colombi et Jean Jacques Caillaud (deux autres observateurs de l’Union Européenne) se rendent sans mandat officiel au domicile personnel de Jean PING. En total désaccord avec leur hiérarchie, qui tente de les ramener à la raison.

Pire, de nombreux témoignages attestent du parti pris de ces observateurs qui avaient choisi leur camp avant même la compilation des résultats par la Commission Électorale Nationale Autonome et Permanente (CENAP).

Le code de conduite qu’a signé l’Union Europénne avec le gouvernement gabonais, précisait pourtant, que les observateurs ne devaient avoir aucun parti pris.

L’ensemble des observateurs des Nations Unis, de la CEAC, de l’Union Africaine, eux aussi présents pour surveiller ces élections ont pourtant respecté le code de conduite. Et n’ont trouvé rien à redire au processus électoral.

Un processus électoral discrédité par les réseaux sociaux…

Malgré la venue de près d’un millier d’observateurs internationaux, Jean PING a su utiliser tous les moyens médiatiques possibles, notamment les réseaux sociaux, pour discréditer le processus électoral gabonais. Aider par des médias anti pouvoir tel que RFI et France 24, porte voix de la France. Il utilisera aussi pour cela une société  française basée à Paris pour inonder Twitter et Facebook.

Le Gabon a su passer le cap de cette élection. Qu’en sera-t-il des autres pays africains? Il s’avère désormais que des applications n’ont contrôlées par la société civile permettent de mettre en péril un processus électoral? On peut penser que ces mêmes applications pourront être utilisées pour contrôler les décisions de gouvernements africains en mettant les réseaux sociaux en ébullition. C’est bel et bien la souveraineté des Etats qui est attaquée. Les réseaux sociaux qualifiés de virtuel ne sont plus si virtuels que cela…

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Prosper Akouegnon
Prosper possède 15 ans d'expérience dans le journalisme. Il a précedemment travaillé pour le journal le Républicain et Le Scorpion Akéklé à Lomé. Devant la montée en force de la presse en ligne et la chute des presses traditionnelles, il décide de monter le site d'information en ligne AfricTelegraph en 2015 et s'installe au Gabon.

1 Comment on "Gabon: comment saboter un processus électoral?"

  1. Incroyable imagination…féconde intelligence africaine! À quand le premier avion made in Africa?

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