Ouïghours : la Guinée tiraillée entre soutien aux musulmans persécutés et dépendance à Pékin

guinee conakry

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Pays majoritairement musulman, la Guinée a préféré renoncer à soutenir la minorité religieuse persécutée des Ouïghours, par crainte de froisser Pékin. Une compromission diplomatique qui révèle l’emprise du pouvoir chinois sur ce petit d’Afrique de l’Ouest.


Alors que 39 pays menés par l’Allemagne dont les États-Unis et le Canada ont accusé cette semaine Pékin de graves violations des droits humains, le silence de certains pays d’Afrique et du Moyen-Orient à l’égard du « génocide » des Ouïghours musulmans dans l’Ouest de la Chine pose plus que jamais question. Parmi les pays, dont la population est majoritairement musulmane, mais qui ont refusé de condamner la politique de persécution systématique menée contre cette minorité religieuse et ethnique, le déni de la diplomatie guinéenne détonne sur la scène internationale.

Lors de la 44e session du conseil des droits de l’Homme de l’ONU, la Guinée s’est en effet associée à 44 autres pays pour s’opposer aux « allégations non fondées contre la Chine » à l’initiative de la Biélorussie. « Le terrorisme et l’extrémisme sont des ennemis communs des êtres humains et constituent de graves menaces pour tous les droits de l’homme », ont-ils déclaré. « Nous notons avec satisfaction que la Chine a pris une série de mesures pour répondre aux menaces conformément à la loi visant à protéger les droits de l’homme de tous les groupes ethniques du Xinjiang ».

De leur côté, les ONG dénoncent l’internement d’un million de musulmans sur les 11 millions d’Ouïghours que compte la province du Xinjiang. Les témoignages de rescapés dont elles font état dénoncent également des séances de tortures et des programmes rééducation patriotique et religieuse visant les femmes, les hommes et les enfants de la Province. 

Des preuves écartées par la Guinée

Ces preuves de plus en plus nombreuses et ces témoignages accablants ont été écartés par la diplomatie guinéenne. Un parti pris qui étonne de la part d’un pays dont la population est musulmane à plus de 85%, et dont le président Alpha Condé fait plus que jamais étalage de sa foi. D’autant que la plupart des grandes démocraties du monde condamnent aujourd’hui le traitement des Ouïghours dans le Xinjiang.

Cette contestation internationale est allée crescendo avec les révélations de destructions de lieux de culte, de travail forcé, de brimades organisées pour empêcher les Musulmans chinois de pratiquer leur religion et même de trafic d’organes humains prélevés sur des détenus. La Guinée apparaît ainsi plus que jamais en décalage avec l’opinion mondiale.

Pour Afrique en ligne, « cette position à contre-courant s’éclaire à la lumière des liens de plus en plus resserrés qui unissent Pékin et Conakry ». Le média énonce pêle-mêle les différents ressorts de cette dépendance de plus en plus forte vis-à-vis de la Chine : l’isolement diplomatique d’Alpha Condé, le besoin crucial d’infrastructures tels que le barrage de Souapiti, financé par des prêts chinois, ou encore l’aide financière directe de Pékin vers la Guinée. Riche en minerais, la Guinée est un pays stratégique pour la Chine qui mise sur son « amitié » avec le régime d’Alpha Condé pour sécuriser ses approvisionnements. Des liens entretenus avec beaucoup de zèle par l’ambassadeur de Chine à Conakry Huang Wei, un visiteur assidu du ministre des Affaires étrangères guinéen. « Les Ouïghours sont victimes de la Chinafrique », conclut avec dépit Le Muslim Post.