Prix Nobel de la paix 2018, Dr Denis Mukwege tacle le régime Kabila

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Pour son combat héroïque dans la restauration de la dignité des femmes violées, le prix Nobel de la paix 2018 a été décerné lundi dernier à Oslo au docteur Denis  Mukwege.

Le monde entier a salué la bravoure d’un homme à travers ce prix Nobel. Denis Mukwege continue à collectionner des distinctions internationales pour son travail sans jamais être distingué par son propre pays. La République démocratique du Congo reste trop petite pour voir la grandeur élevée d’un de ses fils les plus dignes, surnommé « le réparateur des femmes ».

Mondialement reconnu et respecté, la communauté internationale lui déroule le tapis rouge par respect pour son travail. En tout cas, il n’hésite pas, s’il le faut, à critiquer les autorités de son pays. Le docteur Denis Mukwege ne rate pas une seule tribune pour marquer sa différence avec le régime Kabila.

Sa voix porte tellement haut et sonne tellement juste qu’il peut être considéré aujourd’hui comme l’un des principaux opposants au régime de Kinshasa. « Je viens d’un des pays les plus riches de la planète. Pourtant, le peuple de mon pays est parmi les plus pauvres du monde », a-t-il déclaré.

La réalité troublante est que l’abondance des ressources naturelles – or, coltan, cobalt et autres minerais stratégiques –alimente la guerre, source de la violence extrême et de la pauvreté abjecte au Congo. Selon lui, ce ne sont pas seulement les auteurs de violences qui sont responsables de leurs crimes, mais aussi ceux qui choisissent de détourner le regard.

Nous sommes tous redevables vis-à-vis de ces femmes et de leurs proches et nous devons tous nous approprier ce combat ; y compris les États qui doivent cesser d’accueillir les dirigeants qui ont toléré, ou pire, utilisé la violence sexuelle pour accéder au pouvoir.

Les États doivent tracer une ligne rouge contre l’utilisation du viol comme arme de guerre. Une ligne rouge qui serait synonyme de sanctions économiques, politiques et de poursuites judiciaires. Il a lancé un appel aux États à soutenir l’initiative de la création d’un Fonds global de réparation pour les victimes de violences sexuelles dans les conflits armés.

Recevant son Prix Nobel 2018, Denis Mukwege a stigmatisé la mauvaise gouvernance en RDC, la pauvreté, la guerre, les viols. Il plaide pour une paix qui passe par le principe des élections libres, transparentes, crédibles et apaisées.

« Au travail, peuple congolais ! » Bâtissons un État où le gouvernement est au service de sa population. Un État de droit, émergent, capable d’entraîner un développement durable et harmonieux, non seulement en RDC mais dans toute l’Afrique. Bâtissons un État où toutes les actions politiques, économiques et sociales sont centrées sur l’humain et où la dignité des citoyens est restaurée.

Mukwege n’a pas mâché ses mots quand il parle dans son discours de l’absence d’un Etat de droit en RDC. Mon pays est systématiquement pillé avec la complicité des gens qui prétendent être nos dirigeants.

Pillé pour leur pouvoir, leur richesse et leur gloire. Pillé aux dépens de millions d’hommes, de femmes et d’enfants innocents abandonnés dans une misère extrême… tandis que les bénéfices des minerais finissent sur les comptes opaques d’une oligarchie prédatrice.

Le populaire médecin du grand Kivu a regretté le fait qu’un rapport est en train de moisir dans le tiroir d’un bureau à New York. Il a été rédigé à l’issue d’une enquête professionnelle et rigoureuse sur les crimes de guerre et les violations des droits humains perpétrés au Congo.

Cette enquête nomme explicitement des victimes, des lieux, des dates mais élude les auteurs. Ce Rapport du Projet Mapping établi par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux Droits Humains, décrit pas moins de 617 crimes de guerre et crimes contre l’humanité et peut-être même des crimes de génocide.

Qu’attend le monde pour qu’il soit pris en compte ? S’interroge-t-il. Il n’y a pas de paix durable sans justice. Or, la justice ne se négocie pas. Ayons le courage de jeter un regard critique et impartial sur les événements qui sévissent depuis trop longtemps dans la région des Grands Lacs.

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William Tambwe
William Tambwe, chroniqueur et éditorialiste pour Africtelegraph.

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