RDC : Une artillerie lourde pour étouffer les « marches pacifiques » des catholiques

Marche des catholiques pour le départ de KabilaMarche des catholiques pour le départ de Kabila

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Les autorités congolaises ont sorti le 31 décembre dernier l’artillerie lourde pour étouffer les « marches pacifiques » des catholiques contre le chef de l’Etat.

Malgré l’appel des Nations unies et des chancelleries au respect du droit à manifester, les forces de sécurité de République démocratique du Congo (RDC) ont réprimé les populations. Les fidèles ont été dispersés pendant les messes dans des églises à coups de gaz lacrymogène. Et, les marches des catholiques contre le maintien du président Joseph Kabila au pouvoir ont été empêchées.

Selon un décompte du Comité laïc de coordination (CLC), qui s’est rendu dans plusieurs paroisses, et la mission des Nations-Unies au Congo, il y a eu 10 morts, plus de 140 personnes interpellées et plusieurs blessées par balles dans les différentes paroisses. Mais le porte-parole du gouvernement a fait état de 4 morts dont un policier. Des militaires sont ensuite entrés dans l’enceinte de la principale église de Kinshasa, demandant aux fidèles d’évacuer les lieux.

Alors que les chrétiens catholiques étaient en train de prier avant de marcher, bibles, chapelets et crucifix à la main, après la messe, les nombreux témoignages affirment que militaires et policiers sont entrés dans l’enceinte des églises et ont tiré des gaz lacrymogènes où se déroulaient les messes.

Comme le 16 février 1992, certains ont répondu à l’appel pour unir leurs forces et dire non à l’esclavagisme imposé par l’oligarchie au pouvoir. D’autres sont venus dire non à la situation actuelle, non à la confiscation de la démocratie, non au silence coupable et cynique des dirigeants, non aux massacres des Congolais, non à la répression aveugle des manifestations pacifiques…

Pendant que la ville de Kinshasa était quadrillée par les forces de sécurité, il nous revient que la police a mené des opérations dans plusieurs paroisses à l’intérieur du pays. Au Katanga et à Kananga au Kasaï, dans le centre du pays, un homme a été tué par balles par des militaires qui ont ouvert le feu sur des chrétiens catholiques. Les secouristes ont utilisé les moyens de bord pour réanimer des vielles dames, tandis que les prêtres n’arrêtaient pas de dire la messe avec les chrétiens qui n’ont pas fui.

A la cathédrale Notre-Dame du Congo, à Lingwala, quartier populaire du nord de Kinshasa, les forces de sécurité ont également tiré des gaz lacrymogènes à l’arrivée du leader de l’opposition Félix Tshisekedi, fils du défunt opposant Etienne Tshisekedi.

Les militaires de la garde républicaine se sont donnés à cœur joie de procéder à un contrôle systématique des chrétiens dans les paroisses. A la sortie des messes, les gens ont été placés en file indienne, les mains en l’air, fouillés avant de sortir de l’enceinte de leur paroisse par des unités chargées de la protection du président Kabila. Une fois dans la rue, ils ont été soumis à un deuxième contrôle de la police.

Dans un pays majoritairement chrétien, force est de constater que c’est en pleine prière au cœur des églises que les forces de sécurité ont fait leur irruption. Les forces de l’opposition et de la société civile qui réclament le départ du président Kabila (46 ans) se sont jointes à l’appel ce cette marche à haut risque, interdite par les autorités comme les précédentes manifestations organisées en RDC.

Le président Kabila ne s’est pas exprimé

Révoltés face à l’indifférence des gouvernants aux appels au respect des mesures de décrispation de la scène politique, les intellectuels catholiques considèrent que cette marche est un cri pour libérer l’avenir du Congo. « Nous voulons des élections crédibles, puisque nous voulons un Congo libéré de la dictature, de la corruption, de l’impunité, de l’injustice et de la confiscation des institutions publiques et judiciaires. Libérons-nous de la peur, de la résignation et de l’inertie coupable », a lancé Thierry Nlandu, un des organisateurs qui a souligné que ce mouvement auquel il appartient n’est pas hiérarchisé, mais c’est un leadership collectif.

La Conférence épiscopale du Congo (Cenco) tout comme le représentant du Vatican en RDC n’ont pas soutenu officiellement ces marches mais ne les ont pas rejetées non plus.

Soulignons que ces « marches pacifiques » ont été organisées par les catholiques congolais, après la signature sous l’égide des évêques d’un accord prévoyant des élections en fin 2017. Un moment fort pour organiser le départ du président Joseph Kabila. Tout en souhaitant la mise en place d’un calendrier électoral consensuel à la place de l’actuel, qui prévoit des élections le 23 décembre 2018, ils demandent à Kabila de déclarer publiquement qu’il ne sera pas candidat à sa propre succession. Mais le chef de l’Etat n’a pas évoqué le sujet lors de son discours à la nation.

A noter que les autorités congolaises ont coupé la connexion internet pour des raisons de sécurité d’État avant cette marche.

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William Tambwe
William Tambwe, chroniqueur et éditorialiste pour Africtelegraph.

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