Achat des fèves de cacao : Les chinois contre la mafia camerounaise

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La détermination des chinois à acheter le kilogramme de cacao bio à 2000 Fcfa s’apparente à un véritable casse-tête au sein des réseaux camerounais de la filière cacao. Ce jeu qui couve des enjeux financiers colossaux, nécessite l’arbitrage du président Paul Biya.

2000 Fcfa le kilogramme de cacao bio. C’est le prix que proposent les opérateurs chinois aux cacaoculteurs camerounais pour le compte de la prochaine saison cacaoyère, avec la complicité du ministère de l’agriculture et du développement rural (Minader).

La nouvelle fait paniquer le cercle très fermé des exportateurs de ce produit de rente en même qu’elle donne des insomnies aux fournisseurs de pesticides, insecticides et autres engrais utilisés pour l’entretien des vergers.

Depuis quelques temps, des commerçants chinois parcourent la plupart de grands bassins de production de cacao au Cameroun, en vue de communiquer sur l’achat des fèves de cacao à 2000 Fcfa le kilogramme, un prix jamais égalé au Cameroun.

La plus importante obligation faite aux cacaoculteurs camerounais est de produire uniquement un cacao bio qui n’intègre pas l’usage des produits chimiques qui dit-on auraient des effets dommageables sur la santé des consommateurs.

Pour faire comprendre leur volonté de conquérir le marché camerounais, les potentiels acheteurs venus de l’empire du milieu multiplient des rencontres de sensibilisation et d’information auprès des villageois avec le soutien actif du Minader qui annonce l’ouverture imminente des usines de transformation des fèves de cacao bio au Cameroun, avec en prime la création de très nombreux emplois. Pour parvenir à leurs fins, les acteurs de la nouvelle et belle aventure pour les cacaoculteurs camerounais mettent à contribution les autorités administratives et traditionnelles ainsi que certaines élites des zones de production.

Effervescence dans la tanière

Le projet chinois fait jaser l’ensemble des acteurs de la filière cacao opérant depuis des lustres sur le territoire camerounais. Les exportateurs traditionnels au rang desquels les établissements Ndongo Essomba, le président du groupe du parlementaire du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) à l’Assemblée nationale et membre du bureau politique du parti au pouvoir et le groupe Telcar porté par la veuve d’André Fotso, ancien président du Gicam, s’inquiètent de l’avenir de leurs entreprises.

Des pleurnicheries qui laissent indifférentes la communauté des opérateurs du secteur des fongicides, insecticides et engrais vendus généralement à des prix onéreux aux seigneurs de la terre. Étant entendu que les chinois proposent une gamme similaire, mais biologique et à des prix défiant toute concurrence.

L’intrusion des chinois dans l’univers du cacao camerounais couve mal les enjeux financiers colossaux en ce sens qu’elle mettrait en difficulté l’ensemble des segments d’une certaine chaîne habituée au brassage des milliards. Ce, au grand dam des producteurs maintenus, pendant de longues années, dans une misère indescriptible.

L’accueil, mieux l’adhésion que semblent manifester les planteurs au profit de l’initiative chinoise, donnerait également du tournis à tous ceux qui ont opté de s’enrichir sur le dos des cacaoculteurs. Des sources proches du dossier font état de certaines tractations dans les couloirs du gouvernement et qui viseraient à écarter les chinois du champ camerounais au motif que ces derniers ne respecteraient pas les règles qui régissent la saine concurrence.

La mise à disposition par la partie chinoise des produits dédiés au traitement des vergers cause d’énormes pertes financières à de très nombreuses multinationales spécialisées dans la livraison des pesticides au Cameroun. Certains pays habitués aux importations du cacao camerounais sont à repenser leurs stratégies au point d’envisager une révision de la structure des prix proposés aux planteurs qui quoi qu’il en soit devraient s’attendre à faire de nouveau face au phénomène de « coxage », (trafic de cacao) véritable épine sur le dos des acteurs du monde rural.

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Destin Mballa
Destin Mballa, journaliste camerounais.

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