Paludisme et climat : l’Afrique face à un risque sanitaire majeur à l’horizon 2050

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Le changement climatique pourrait profondément bouleverser la lutte contre le paludisme en Afrique au cours des prochaines décennies. Selon une vaste étude scientifique publiée fin janvier, l’augmentation des températures et la multiplication des événements climatiques extrêmes pourraient entraîner, d’ici 2050, des centaines de millions de nouveaux cas et plus d’un demi-million de décès supplémentaires sur le continent.

Ces projections alarmantes proviennent de travaux menés par le Kids Research Institute Australia et publiés dans la revue scientifique Nature. Les chercheurs se sont appuyés sur près de vingt-cinq années de données à l’échelle continentale pour analyser l’évolution de la maladie et ses liens avec les transformations du climat.

Leur modélisation aboutit à un constat particulièrement préoccupant : si la trajectoire climatique mondiale se maintient, l’Afrique pourrait enregistrer environ 200 millions de nouveaux cas de paludisme et jusqu’à 532 000 décès supplémentaires à l’horizon 2050.

Une maladie très sensible aux conditions climatiques

Le paludisme est une maladie parasitaire transmise à l’être humain par la piqûre de moustiques infectés par le parasite Plasmodium. Son développement dépend étroitement de facteurs environnementaux comme la température, l’humidité et la présence d’eaux stagnantes.

Dans un scénario climatique marqué par une hausse moyenne de la température mondiale de 2,7 °C d’ici la fin du siècle, les chercheurs montrent que certaines régions africaines deviendraient particulièrement favorables à la reproduction des moustiques et à la maturation du parasite.

Mais l’étude souligne que l’enjeu ne se limite pas à la seule élévation des températures. À long terme, ce sont surtout les phénomènes climatiques extrêmes – inondations répétées et cyclones plus intenses – qui pourraient avoir l’impact le plus durable sur la propagation de la maladie.

Des systèmes de santé fragilisés par les chocs climatiques

L’analyse identifie plusieurs mécanismes majeurs par lesquels le changement climatique pourrait amplifier la transmission du paludisme.

D’abord, l’accès aux traitements et aux services de santé est directement menacé lors des catastrophes naturelles. Routes coupées, centres de soins endommagés et ruptures logistiques compliquent la prise en charge rapide des patients.

Ensuite, la dégradation de l’habitat constitue un facteur aggravant. Les logements jouent un rôle de protection contre les piqûres, notamment lorsqu’ils permettent l’installation de moustiquaires ou de dispositifs de prévention. Or, les destructions liées aux inondations ou aux tempêtes exposent davantage les populations aux vecteurs de la maladie.

Enfin, les campagnes de distribution de matériel de protection – comme les moustiquaires imprégnées d’insecticide – risquent elles aussi d’être perturbées par des chaînes d’approvisionnement fragilisées par les aléas climatiques.

Autrement dit, le dérèglement climatique agit à la fois sur la biologie du moustique et sur la capacité des systèmes de santé à contenir la maladie.

Des effets indirects encore sous-estimés

Les chercheurs insistent également sur l’existence de mécanismes indirects, plus difficiles à modéliser mais potentiellement déterminants. Parmi eux figure l’augmentation des migrations liées au climat.

Les déplacements forcés de populations, provoqués par les sécheresses, la montée des eaux ou la perte de moyens de subsistance, peuvent accroître les risques de transmission. Ils éloignent aussi de nombreux habitants des structures de prévention et de soins, dans des zones où l’offre médicale est déjà limitée.

Ces dynamiques migratoires, combinées à l’instabilité des infrastructures sanitaires, pourraient ainsi créer des foyers durables de vulnérabilité épidémiologique dans plusieurs régions du continent.

Un objectif mondial menacé

À l’échelle internationale, l’éradication du paludisme d’ici 2050 est régulièrement présentée comme l’un des grands objectifs de santé publique du XXIe siècle. Pour les auteurs de l’étude, parvenir à éliminer cette maladie constituerait « l’une des plus grandes réussites de l’histoire de l’humanité ».

Mais ils estiment que l’accélération du changement climatique compromet sérieusement cette ambition. Sans adaptation rapide des politiques de santé et de prévention, les progrès réalisés depuis deux décennies pourraient être fragilisés, voire partiellement remis en cause.

Décentraliser et renforcer les systèmes de soins

Face à ce risque, les chercheurs plaident pour une transformation en profondeur des stratégies de lutte contre le paludisme.

Ils recommandent en priorité des investissements massifs afin de renforcer la résilience des chaînes d’approvisionnement en médicaments et en équipements de prévention, d’améliorer les systèmes d’alerte et de réponse d’urgence lors des catastrophes climatiques, et surtout de décentraliser les services de santé vers les zones périphériques et rurales.

Cette approche vise à rapprocher les soins des populations les plus exposées, dans un contexte où les crises climatiques risquent de rendre l’accès aux infrastructures centrales de plus en plus incertain.

Au-delà de la seule question du paludisme, l’étude met en lumière un enjeu plus large : l’adaptation des systèmes de santé africains au changement climatique devient désormais un facteur déterminant pour contenir l’impact sanitaire des bouleversements environnementaux à venir.

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