La RDC sollicitée pour accueillir des Afghans expulsés des États-Unis

Urban landscape of Bukavu, South Kivu, Democratic Republic of Congo, featuring waterfront buildings and Lake Kivu.Photo : Edouard MIHIGO / Pexels
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La République démocratique du Congo est citée parmi les pays africains approchés par l’administration américaine pour accueillir des migrants afghans que Washington cherche à éloigner de son territoire et de ses zones d’attente. Selon plusieurs sources concordantes, des discussions auraient été engagées depuis plusieurs mois avec différentes capitales du continent, dans la perspective d’un transfert concernant plus de mille personnes retenues au Qatar. L’information a été confirmée par le président d’AfghanEvac, coalition humanitaire américaine qui accompagne ces familles depuis la chute de Kaboul en août 2021.

Un dossier hérité de la guerre d’Afghanistan

Les Afghans concernés ne sont pas des migrants ordinaires. La plupart ont servi l’armée américaine comme interprètes, chauffeurs, informateurs ou agents de sécurité durant les deux décennies d’engagement des États-Unis en Afghanistan. Après la reprise du pays par les talibans, plusieurs milliers d’entre eux ont été évacués vers des bases intermédiaires, notamment au Qatar, en attendant un examen de leur demande d’asile aux États-Unis. Des retards administratifs, conjugués au durcissement de la politique migratoire américaine, ont prolongé leur attente bien au-delà de ce qui était initialement prévu.

Washington refuse désormais l’entrée sur son sol d’une partie de ces personnes et explore des solutions de réinstallation dans des pays tiers. L’Afrique subsaharienne apparaît comme un terrain privilégié de cette diplomatie migratoire, plusieurs gouvernements ayant déjà été approchés ces derniers mois. Le recours à des États africains pour héberger des populations déplacées dont les pays occidentaux ne veulent plus s’inscrit dans une pratique déjà observée, mais rarement assumée publiquement.

Pourquoi Kinshasa figure sur la liste américaine

Le choix de la RDC interroge. Le pays, vaste comme l’Europe occidentale, affronte depuis plusieurs années une crise humanitaire majeure dans ses provinces orientales, où les affrontements entre les forces armées et les groupes rebelles, au premier rang desquels le M23, ont déplacé des millions de personnes. Ajouter une population afghane à ce fardeau soulève d’emblée des questions de capacité d’accueil, de sécurité et d’acceptabilité sociale.

Pour Kinshasa, la démarche n’est toutefois pas dénuée de contreparties possibles. Le président Félix Tshisekedi multiplie depuis plusieurs mois les signaux d’ouverture vers Washington, notamment sur le dossier des minerais stratégiques, dans un contexte où l’administration américaine cherche à sécuriser ses approvisionnements en cobalt, cuivre et lithium face à la Chine. Accepter un geste humanitaire à la demande de la Maison-Blanche pourrait s’inscrire dans ce rapprochement diplomatique, et nourrir une négociation plus large sur l’aide sécuritaire, les investissements miniers ou le soutien politique face à Kigali.

Un précédent qui pourrait faire école sur le continent

Aucune annonce officielle n’a pour l’instant été formulée, ni par la présidence congolaise, ni par le département d’État américain. Les autorités de Kinshasa n’ont pas confirmé publiquement la tenue de pourparlers à ce sujet, et la nature exacte des garanties juridiques ou financières proposées reste inconnue. Le silence institutionnel contraste avec la précision des informations relayées par les organisations de soutien aux Afghans, qui craignent que leurs protégés soient envoyés dans des pays incapables de leur offrir une véritable protection.

La question se pose également en termes de droit international. Les Afghans concernés relèvent, pour beaucoup, du statut de personnes vulnérables ayant servi une puissance étrangère dans un conflit armé. Leur transfert vers un État tiers suppose des engagements stricts en matière de non-refoulement, d’accès à l’éducation, au travail et à la santé. Or la capacité administrative de la RDC à suivre de telles cohortes demeure limitée, comme l’ont montré par le passé la gestion de réfugiés rwandais, burundais ou centrafricains sur le sol congolais.

Reste un paramètre politique intérieur. L’opinion publique congolaise, traversée par des tensions sécuritaires et économiques, pourrait réagir avec méfiance à l’arrivée de ressortissants d’un pays aussi éloigné, dans un contexte où les autorités peinent déjà à répondre aux attentes des déplacés internes. Toute décision en ce sens exigera donc un travail de pédagogie et des contreparties tangibles pour être politiquement viable. Selon RFI Afrique.

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