Les banques centrales africaines musclent leurs réserves d’or locales

Detailed close-up of gold bars and coins, symbolizing wealth and investment. Perfect for financial imagery.Photo : Zlaťáky.cz / Pexels
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Plusieurs banques centrales du continent africain intensifient l’achat d’or issu de leur production nationale pour en garnir leurs réserves de change. La Banque de l’Ouganda a engagé la semaine dernière un programme d’acquisition d’une fraction de la production aurifère locale, rejoignant un club restreint mais croissant d’institutions monétaires africaines décidées à reprendre la main sur un actif stratégique. L’objectif affiché consiste à réduire l’exposition aux soubresauts des marchés internationaux tout en apportant un débouché stable aux producteurs domestiques.

Un mouvement qui s’élargit au continent

L’Ouganda n’innove pas en la matière mais s’inscrit dans une dynamique déjà amorcée par d’autres économies minières africaines. Le Ghana, premier producteur d’or du continent, a été pionnier en lançant son programme d’accumulation domestique, permettant à la Banque du Ghana d’acheter directement auprès des opérateurs miniers en monnaie locale. Cette démarche a permis de multiplier les réserves aurifères de l’institution en quelques années, selon les données rapportées par la presse spécialisée.

La Tanzanie, la Zambie ou encore Madagascar ont suivi des trajectoires comparables, chacune avec ses propres modalités d’achat et de certification. Les autorités monétaires y voient un levier de diversification face à la prédominance du dollar dans les avoirs extérieurs. Le cours de l’once, qui a atteint des sommets historiques ces derniers trimestres, renforce l’attractivité de cette stratégie pour des États soucieux de préserver la valeur de leurs réserves.

Une réponse à la volatilité monétaire mondiale

La démarche s’explique d’abord par un contexte international mouvementé. Les tensions géopolitiques, le resserrement monétaire conduit par la Réserve fédérale américaine au cours des dernières années, puis les cycles d’assouplissement, ont mis sous pression les monnaies des pays émergents et frontières. Pour les économies africaines dont les recettes dépendent largement des matières premières, détenir un actif refuge comme l’or permet d’amortir les chocs extérieurs et de crédibiliser la monnaie nationale auprès des investisseurs.

L’or présente en outre un avantage politique notable : il échappe aux risques de gel d’avoirs associés aux devises étrangères, une préoccupation accrue depuis les sanctions occidentales visant certaines capitales ces dernières années. Plusieurs banques centrales, notamment en Asie et au Moyen-Orient, ont procédé à des arbitrages similaires en faveur du métal jaune, créant un appel d’air dont les producteurs africains cherchent désormais à bénéficier directement.

Capter la valeur de la production locale

Le second volet de cette politique tient à la valorisation de la chaîne aurifère domestique. Historiquement, une part considérable de l’or extrait en Afrique est exportée sous forme brute vers des raffineries situées hors du continent, à Dubaï, en Suisse ou en Inde, avant d’être éventuellement rachetée par les États africains sur les marchés internationaux à des prix incluant marges de négoce et coûts logistiques. En achetant directement auprès des mines, industrielles comme artisanales, les banques centrales court-circuitent ce circuit défavorable.

Ce schéma suppose toutefois des infrastructures de raffinage et de certification aux normes reconnues, notamment celles de la London Bullion Market Association (LBMA), pour que l’or ainsi accumulé conserve sa pleine valeur dans les bilans officiels. Plusieurs pays ont investi dans de telles capacités, comme le Ghana avec la raffinerie Gold Coast Refinery, tandis que d’autres s’appuient encore sur des partenariats extérieurs. La question de la traçabilité, en particulier pour l’or artisanal, demeure par ailleurs un défi de gouvernance majeur dans plusieurs juridictions.

Un levier de souveraineté économique

Au-delà de la gestion monétaire, ces programmes s’inscrivent dans un discours plus large de souveraineté économique porté par un nombre croissant de capitales africaines. Intégrer l’or national aux réserves officielles revient à transformer une ressource physique extraite du sous-sol en actif financier stratégique, sans intermédiation étrangère. Pour les pays engagés dans une refonte de leur politique minière ou dans la renégociation de contrats avec les opérateurs internationaux, cette approche constitue un signal politique autant qu’une décision technique.

Reste à mesurer l’impact macroéconomique réel de ces achats, dont les volumes demeurent modestes au regard de la production mondiale et des réserves des grandes banques centrales. L’efficacité du dispositif dépendra de sa continuité, de la rigueur des mécanismes de prix et de la capacité des États à résister à la tentation de mobiliser ces stocks pour financer des dépenses budgétaires en période de tension. Selon RFI Afrique, le cas ougandais illustre la généralisation progressive d’une stratégie devenue incontournable pour les producteurs aurifères du continent.

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