L’ancien parlementaire libanais Nawaf Moussaoui, figure proche du Hezbollah, a publiquement assimilé le silence des dirigeants libanais face aux injonctions de Washington à un aveu de capitulation. Selon le quotidien beyrouthin Al Akhbar, il a parlé d’un sommet de la décomposition nationale, comparant la passivité du pouvoir au mutisme des morts. Cette sortie politique s’inscrit dans un climat où la souveraineté libanaise apparaît plus contestée que jamais, sur fond de pressions américaines insistantes concernant le désarmement du Hezbollah et la trajectoire diplomatique du pays.
Une charge politique contre la passivité du pouvoir libanais
La formulation choisie par Moussaoui ne relève pas du registre habituel de la critique partisane. En convoquant l’image du silence des tombes, l’ancien député entend signifier que les institutions libanaises auraient renoncé à leur fonction première de défense de l’intérêt national. Le propos vise sans détour les responsables exécutifs et politiques accusés, selon lui, de céder le terrain aux orientations dictées depuis Washington.
Cette prise de parole intervient à un moment où la scène libanaise demeure traversée par des lignes de fracture profondes. La question du monopole de l’armement, le rôle de l’armée régulière dans le sud du pays et la mise en œuvre des dispositions issues de l’accord de cessez-le-feu avec Israël continuent d’alimenter un débat tendu entre formations politiques. Pour la mouvance proche du Hezbollah, toute concession sur ces dossiers s’apparente à un recul stratégique majeur.
Washington, acteur central de l’équation libanaise
Depuis plusieurs mois, l’administration américaine multiplie les missions d’émissaires à Beyrouth, en lien direct avec les objectifs sécuritaires israéliens dans la région. Les responsables américains insistent sur l’application stricte de la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU et sur l’extension de l’autorité de l’État libanais au sud du fleuve Litani. Cette feuille de route, présentée comme une condition à toute aide internationale substantielle, suscite une opposition frontale dans le camp visé.
Moussaoui, en pointant des dictées de Washington, traduit une lecture partagée par une part de la classe politique libanaise selon laquelle les marges de manœuvre du gouvernement seraient désormais réduites à peu de choses. La crise économique aiguë que traverse le pays depuis 2019, la dépréciation continue de la livre libanaise et la dépendance aux flux financiers extérieurs renforcent objectivement ce sentiment d’asymétrie.
Une bataille narrative autour de la souveraineté
Au-delà de l’invective, la sortie de l’ancien député s’inscrit dans une bataille de récits qui structure désormais la vie politique libanaise. D’un côté, les partisans d’un alignement pragmatique avec les attentes occidentales et arabes, qui voient dans la normalisation des relations avec les bailleurs internationaux la seule voie de sortie de la crise. De l’autre, les forces qui considèrent que toute concession sur l’arsenal de la résistance équivaut à liquider un pilier de la dissuasion face à Israël.
Le vocabulaire employé par Moussaoui, particulièrement frontal, vise à mobiliser une base électorale et militante en dénonçant ce qu’il présente comme une démission collective. La référence à la décomposition nationale renvoie à un registre déjà utilisé par les cadres du Hezbollah lorsqu’il s’agit de stigmatiser les responsables suspectés de complaisance envers les chancelleries étrangères. La portée pratique d’une telle déclaration reste néanmoins suspendue à la capacité du mouvement à peser sur les décisions à venir, dans un contexte où ses adversaires intérieurs se montrent plus assertifs depuis la fin de la guerre avec Israël.
Reste que la temporalité de cette intervention n’est pas neutre. Alors que les discussions se poursuivent sur la trajectoire institutionnelle du pays et sur les conditions d’un éventuel déblocage économique, chaque déclaration publique des figures de la mouvance pro-Hezbollah est scrutée comme un signal politique. La pression américaine, loin de s’atténuer, devrait demeurer le principal facteur extérieur structurant les arbitrages à Beyrouth dans les mois à venir. Selon Al Akhbar.
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