Moroni accueille le Forum économique des îles de l’océan Indien

View of a textured stone pier with barnacles in a blue harbor under a clear sky.Photo : Tito Zzzz / Pexels

Le Forum économique des îles de l’océan Indien s’est ouvert lundi 27 avril à Moroni, capitale des Comores, avec une ambition assumée : redonner du souffle à une intégration régionale longtemps restée sur le papier. Les Comores, Madagascar, Maurice, les Seychelles et La Réunion partagent une même façade maritime, des marchés voisins et des besoins largement comparables. Pourtant, moins de 3 % de leurs échanges commerciaux se déroulent à l’intérieur de cet espace, un seuil qui place la zone parmi les sous-régions les moins intégrées du continent africain.

Une intégration régionale encore largement théorique

Le chiffre frappe par sa modestie. À titre de comparaison, l’intégration intra-africaine plafonne autour de 15 %, et l’Union européenne dépasse les 60 %. Dans l’océan Indien, la proximité géographique ne s’est jamais traduite en flux soutenus de marchandises, de services ou de capitaux. Les économies insulaires demeurent davantage tournées vers l’Europe, l’Asie ou le Golfe que vers leurs voisines immédiates. Cette extraversion structurelle, héritée des routes commerciales coloniales, continue de façonner les chaînes logistiques et les habitudes des opérateurs.

Réunis dans la capitale comorienne, responsables publics et acteurs privés ont posé un diagnostic partagé. Les obstacles réglementaires figurent en première ligne : régimes douaniers hétérogènes, normes sanitaires et phytosanitaires divergentes, procédures administratives lourdes pour les exportateurs. À cela s’ajoute un déficit chronique de connectivité, qu’elle soit maritime, aérienne ou numérique. Les liaisons inter-îles restent rares, coûteuses et souvent passées par des hubs extérieurs à la région, à Nairobi, Addis-Abeba ou Dubaï.

Connectivité et logistique, le nerf de la guerre

La question des transports cristallise une bonne part des frustrations exprimées à Moroni. Acheminer un conteneur de Mahajanga à Moroni peut se révéler plus complexe et onéreux que de l’expédier vers Marseille. Les compagnies aériennes régionales souffrent d’une fréquentation limitée et d’une rentabilité fragile, ce qui contraint la mobilité des hommes d’affaires et freine l’émergence d’un véritable marché du tourisme intra-régional. Plusieurs intervenants ont plaidé pour une mutualisation des infrastructures portuaires et une harmonisation des règles applicables au cabotage.

La connectivité numérique n’échappe pas à ce diagnostic. Si Maurice et Les Seychelles affichent des taux de pénétration honorables, les Comores et certaines régions de Madagascar accusent un retard significatif en matière de bande passante et de coût d’accès. Or, sans plateformes numériques fluides, les services financiers transfrontaliers, le commerce électronique régional ou la digitalisation des chaînes d’approvisionnement restent hors de portée des PME insulaires.

Les Comores, un hôte qui mise sur la diplomatie économique

Pour Moroni, accueillir ce forum revêt une portée politique. Le pays, longtemps perçu comme périphérique dans les dynamiques régionales, cherche à se positionner comme un point de rencontre entre les espaces africain, arabe et indien. Les autorités comoriennes ambitionnent d’attirer des investissements dans la pêche, l’agro-industrie, le tourisme et les services portuaires. Le port de Moroni, dont la modernisation figure parmi les chantiers prioritaires, est régulièrement présenté comme un levier potentiel de transbordement régional.

La Commission de l’océan Indien (COI), organisation intergouvernementale qui réunit les cinq États de la zone, joue un rôle de catalyseur sans détenir les leviers d’une union douanière classique. Ses programmes en matière de sécurité maritime, de santé publique ou de gestion des ressources halieutiques ont gagné en visibilité, mais le volet commercial reste le parent pauvre des coopérations. Plusieurs participants ont rappelé l’urgence de finaliser des accords sur les règles d’origine et la libre circulation des biens, conditions sine qua non d’une intégration tangible.

Reste que les marges de progression sont réelles. Les complémentarités existent : produits de la mer mauriciens et seychellois, vanille et épices malgaches, ylang-ylang comorien, savoir-faire industriel réunionnais. Une meilleure articulation de ces filières pourrait nourrir des chaînes de valeur régionales et réduire la dépendance aux marchés lointains. Les conclusions du forum, attendues dans les prochains jours, indiqueront si la déclaration d’intention se traduira en feuille de route opérationnelle. Selon RFI Afrique.

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Amina Ben Salem
Journaliste économique pour le Maghreb, Amina Ben Salem suit les économies algérienne, tunisienne et marocaine, ainsi que leurs liens avec l'Afrique subsaharienne. Elle analyse les politiques industrielles, la macroéconomie, les programmes de financement international et les partenariats énergétiques méditerranéens.

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