La compagnie aérienne nationale du Sénégal traverse la zone de turbulences la plus aiguë depuis sa création. Air Sénégal fait face à 66 milliards de francs CFA de créances bloquées et à un surcoût mensuel évalué à 2 milliards de francs CFA sur le seul poste du kérosène. Ces deux pressions cumulées ont conduit la direction à enclencher, à compter du 1er mai, un dispositif de restructuration d’urgence destiné à écarter le scénario de cessation d’exploitation.
Une trésorerie sous tension extrême
L’équation financière du transporteur sénégalais est devenue intenable. Avec 66 milliards de francs CFA immobilisés, la compagnie ne dispose plus des marges nécessaires pour absorber le renchérissement continu du Jet A1, le carburant aviation utilisé par les avions commerciaux. Le choc mensuel de 2 milliards de francs CFA sur ce seul poste représente l’équivalent d’un quart de chiffre d’affaires soustrait à la capacité d’investissement et au paiement des fournisseurs.
Dans ce contexte, la direction a transmis aux autorités un appel pressant en faveur d’un tarif préférentiel sur le kérosène, qui impliquerait directement la Société africaine de raffinage (SAR) et l’État sénégalais. L’objectif est d’aligner les conditions d’avitaillement sur celles dont bénéficient certains transporteurs régionaux, afin de restaurer la compétitivité tarifaire de Dakar comme hub ouest-africain.
Flotte réduite et lignes suspendues au départ de Dakar
Sur le plan opérationnel, le pavillon national passe à une flotte réduite au strict minimum. Le dispositif retenu repose sur l’exploitation de deux Boeing 737 en mode ACMI, un montage contractuel qui consiste à louer simultanément l’appareil, l’équipage, la maintenance et l’assurance auprès d’un opérateur tiers. Cette formule, plus souple qu’un achat ou qu’un leasing classique, permet de transférer une partie du risque d’exploitation et d’ajuster rapidement la capacité offerte.
Plusieurs liaisons au départ de l’aéroport international Blaise-Diagne (AIBD) sont suspendues à partir du 1er mai. Le réseau régional, particulièrement exposé aux faibles taux de remplissage et aux frais d’escale élevés, fait les frais de cette rationalisation. La direction privilégie la préservation des routes structurellement rentables et la limitation de la consommation de carburant, devenue le premier poste de coût variable.
Cette contraction du réseau intervient alors que la concurrence se durcit en Afrique de l’Ouest. Asky, Royal Air Maroc, Air Côte d’Ivoire et plusieurs transporteurs du Golfe poursuivent leur déploiement sur Dakar, captant une part croissante du trafic régional et des correspondances vers l’Europe et l’Amérique du Nord.
Un plan B activé sur l’axe Paris-Dakar
Pour éviter toute rupture de continuité sur son segment long-courrier, Air Sénégal active un plan B sur l’axe Paris-Dakar, considéré comme la colonne vertébrale du modèle économique de la compagnie. Cette liaison stratégique concentre une part déterminante des recettes en devises et structure l’image internationale du transporteur. Sa préservation conditionne aussi les flux de la diaspora et les correspondances d’affaires entre l’Europe et l’Afrique de l’Ouest.
Reste que la viabilité de ce plan dépend largement de la réponse des pouvoirs publics. Sans intervention rapide sur le coût du Jet A1 et sans déblocage d’une partie des créances gelées, la marge de manœuvre opérationnelle pourrait s’épuiser en quelques semaines. La SAR, fournisseur de référence du marché national, se retrouve placée au centre des arbitrages.
Au-delà du cas sectoriel, le dossier engage la question de la souveraineté aérienne du Sénégal. Plusieurs pavillons nationaux ouest-africains ont disparu ces dernières décennies faute de soutien public coordonné, laissant le ciel régional aux mains d’opérateurs étrangers. La séquence en cours autour d’Air Sénégal constituera un test grandeur nature de la capacité de Dakar à articuler discipline budgétaire, soutien stratégique et gouvernance d’entreprise. Selon Africtelegraph, la compagnie attend désormais des arbitrages rapides du gouvernement et de la SAR pour stabiliser son exploitation.
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