La Société africaine de réassurance, connue sous le nom d’Africa Re, a franchi en 2025 le seuil symbolique de 1,34 milliard de dollars de primes brutes émises (Gross Written Premiums, GWP), selon un communiqué diffusé le 21 avril 2026 depuis son siège de Lagos. La croissance atteint 10,18 % sur un an, un rythme supérieur à la moyenne du marché continental de la réassurance. Le chiffre d’affaires brut retraité selon la norme comptable IFRS 17 ressort quant à lui à 1,27 milliard de dollars, en hausse de 6,22 % par rapport à l’exercice précédent. L’écart entre les deux indicateurs traduit l’effet technique du référentiel IFRS 17, qui isole la composante service des contrats.
Une dynamique portée par les renouvellements et les facultatives
La performance d’Africa Re s’inscrit dans un contexte de tarification ferme sur les marchés africains de la réassurance, où la hausse des sinistres climatiques et l’inflation technique ont soutenu les conditions. Le réassureur panafricain, dont l’État nigérian et la Banque africaine de développement (BAD) figurent parmi les actionnaires de référence, a bénéficié d’un rythme plus soutenu lors des campagnes de renouvellement du 1er janvier et du 1er juillet. Les placements facultatifs, qui couvrent des risques de pointe négociés au cas par cas, ont également progressé, signe d’un recours croissant à l’expertise de souscription continentale pour les gros risques industriels.
La diversification du portefeuille constitue l’autre moteur de cette expansion. Africa Re enregistre des avancées dans l’assurance dommages aux biens, l’ingénierie, la branche automobile, l’assurance vie et les risques spécialisés. Ce dernier segment inclut notamment l’aviation, les transports maritimes et les risques énergétiques, des niches à marges élevées historiquement dominées par les réassureurs européens et bermudiens. La montée en puissance d’un acteur africain sur ces créneaux réduit la dépendance des marchés du continent aux capacités étrangères.
Souveraineté financière et rétention continentale
Créée en 1976 sous l’égide de la Banque africaine de développement, Africa Re porte depuis près de cinq décennies un mandat de rétention des primes sur le continent. Chaque dollar réassuré localement est un dollar qui ne quitte pas l’Afrique sous forme de cession à Munich Re, Swiss Re ou Hannover Re. Dans un environnement où la souveraineté financière devient un enjeu de politique publique, particulièrement en Afrique francophone où les marchés d’assurance de la zone CIMA (Conférence interafricaine des marchés d’assurances) restent structurellement petits, cette fonction de rétention prend un relief particulier.
Le franchissement de la barre des 1,34 milliard de dollars consacre aussi la solidité financière du groupe, régulièrement noté A par AM Best et A- par Standard & Poor’s. Ces notations conditionnent l’accès aux grands appels d’offres de cédantes et aux programmes de réassurance facultative. La progression des primes traduit mécaniquement un élargissement de la capacité de souscription disponible, à mesure que les fonds propres sont renforcés par les résultats accumulés.
Un marché africain de la réassurance en recomposition
La performance du réassureur de Lagos intervient alors que le paysage continental connaît une phase de consolidation. Les acteurs régionaux, de Continental Re au Caire à SCR au Maroc en passant par Kenya Re à Nairobi, disputent à Africa Re des parts de marché sur les segments les plus rentables. La concurrence stimule la discipline technique et pousse les cédantes à exiger davantage de services en amont, notamment en matière de modélisation des risques catastrophiques et de tarification actuarielle.
Les perspectives 2026 dépendront de plusieurs variables. Le cycle tarifaire mondial entame une phase d’assouplissement sur certains segments, ce qui pourrait peser sur les marges. À l’inverse, l’exposition croissante du continent aux aléas climatiques, cyclones en Afrique australe, inondations au Sahel, sécheresses récurrentes en Corne de l’Afrique, alimente une demande structurelle pour des couvertures paramétriques et traditionnelles. L’essor des partenariats public-privé dans l’assurance agricole et la santé offre par ailleurs des relais de croissance que les réassureurs continentaux cherchent à capter avant les grands groupes internationaux.
Reste à confirmer, dans les prochains états financiers, la traduction de cette croissance en rentabilité nette après prise en compte de la sinistralité. Selon Financial Afrik, le communiqué du 21 avril 2026 confirme néanmoins la trajectoire ascendante engagée par le groupe ces dernières années.
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