Burkina Faso : près de 50 milliards de FCFA levés sur le marché régional

A captivating nighttime cityscape showcasing a vibrant urban skyline with illuminated buildings.Photo : Sue Hsu / Pexels

Le Trésor public du Burkina Faso vient de mobiliser près de 50 milliards de FCFA, confortant une trajectoire de financement que les autorités de transition s’emploient à sécuriser depuis plusieurs trimestres. L’opération, adossée au marché financier régional de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), confirme la capacité du pays à continuer de lever des ressources malgré un environnement politique et sécuritaire sous tension. Pour Ouagadougou, chaque émission réussie constitue un signal adressé aux investisseurs institutionnels de la sous-région.

Une levée de fonds qui conforte le Trésor burkinabè

Cette mobilisation de près de 50 milliards de FCFA s’inscrit dans la stratégie d’endettement intérieur privilégiée par les autorités burkinabè depuis la suspension d’une partie des appuis budgétaires extérieurs. Faute d’accéder dans les mêmes conditions qu’auparavant aux guichets traditionnels des bailleurs multilatéraux, le gouvernement a intensifié son recours aux bons et obligations du Trésor émis via l’Agence UMOA-Titres. Les banques commerciales de la zone, sénégalaises, ivoiriennes et togolaises en tête, demeurent les principales souscriptrices de ces titres souverains.

Le pari du Trésor public repose sur un équilibre délicat. Il s’agit d’attirer suffisamment de liquidités pour couvrir les besoins de caisse à court terme, sans laisser filer les taux d’intérêt à des niveaux qui viendraient alourdir la charge de la dette. Les rendements servis par Ouagadougou sur ses émissions récentes se situent parmi les plus élevés de l’UEMOA, reflet direct de la prime de risque associée au contexte sécuritaire.

Un marché régional sollicité pour compenser les financements extérieurs

Depuis 2022, le Burkina Faso a vu plusieurs lignes de coopération se réduire ou se suspendre, en particulier avec les partenaires occidentaux. La Banque mondiale, le Fonds monétaire international et l’Union européenne ont revu leurs modalités d’intervention, quand ils ne les ont pas gelées. Dans ce nouveau paysage, le marché régional des titres publics est devenu le poumon du financement de l’État, aux côtés de recettes fiscales dont la collecte reste perturbée dans plusieurs régions affectées par l’insécurité.

Les montants ainsi mobilisés servent prioritairement à honorer les dépenses courantes, dont les salaires de la fonction publique et les interventions des forces de défense et de sécurité. Une part est également affectée au remboursement des échéances antérieures, selon un mécanisme de refinancement que pratiquent l’ensemble des Trésors de la zone. Le ministère de l’Économie et des Finances a multiplié, ces derniers mois, les opérations de syndication et d’adjudication pour étaler son profil de remboursement.

Cette dépendance accrue au marché régional n’est toutefois pas sans limites. La concurrence entre émetteurs souverains s’intensifie au sein de l’UEMOA, où la Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Bénin et le Mali sollicitent eux aussi des volumes croissants. La capacité d’absorption des banques de la zone, quoique réelle, n’est pas extensible à l’infini, et la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) surveille de près la concentration des portefeuilles bancaires sur les titres publics.

Un signal pour les investisseurs et les partenaires

Au-delà du strict enjeu comptable, la réussite de cette levée de fonds revêt une dimension politique. Elle démontre que le Trésor public burkinabè conserve l’accès au marché, un argument que les autorités de transition mettent en avant pour relativiser l’impact du repositionnement diplomatique opéré depuis le rapprochement avec Bamako, Niamey et, plus récemment, la consolidation de la Confédération des États du Sahel (AES). La capacité à financer l’État sans conditionnalité extérieure devient un marqueur de souveraineté revendiqué.

Reste que les agences de notation et les analystes régionaux scrutent l’évolution du ratio dette publique sur produit intérieur brut, qui a progressé sensiblement depuis 2020. Le service de la dette intérieure pèse désormais davantage dans la structure budgétaire, ce qui réduit les marges pour l’investissement public. Concrètement, chaque milliard levé à des taux élevés se paie par un moindre financement disponible pour les infrastructures, la santé ou l’éducation dans les années à venir.

Pour les prochains mois, le calendrier d’émissions du Trésor burkinabè s’annonce chargé. Les autorités tablent sur la poursuite de l’appétit des investisseurs régionaux, tout en explorant des sources alternatives, notamment auprès de partenaires non traditionnels. Selon Financial Afrik, cette opération de près de 50 milliards de FCFA illustre la résilience financière affichée par Ouagadougou dans un contexte régional toujours contraint.

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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