Attaques au Mali : Niamey met de nouveau en cause Paris

A convoy of armored SUVs traversing a deserted desert road under a clear sky.Photo : Ben Khatry / Pexels

Le Niger a relancé ses accusations visant la France après les attaques qui ont frappé plusieurs localités maliennes le 25 avril 2026. Dans un communiqué officiel, Niamey a pointé du doigt ce qu’elle décrit comme une responsabilité de Paris dans la déstabilisation persistante du Sahel central, tout en saluant la riposte coordonnée des forces de l’Alliance des États du Sahel (AES). Cette prise de position s’inscrit dans la continuité d’un discours diplomatique durci depuis la rupture consommée entre les juntes sahéliennes et l’Élysée.

Une accusation politique contre Paris

Les autorités nigériennes ne se contentent pas de condamner les attaques. Elles désignent un commanditaire présumé, accusant la France d’entretenir, directement ou indirectement, l’instabilité dans la sous-région. Cette ligne, déjà tenue par Bamako et Ouagadougou à plusieurs reprises depuis 2023, fait désormais partie intégrante de la grammaire diplomatique de l’AES. Niamey reprend à son compte une rhétorique partagée par les trois capitales, fondée sur la conviction que la dégradation sécuritaire au Sahel s’inscrit dans une stratégie d’influence extérieure.

Aucune preuve matérielle nouvelle n’a été produite à l’appui de ces affirmations. Paris, pour sa part, rejette régulièrement ces accusations, qu’elle qualifie d’infondées et de manœuvre politique destinée à consolider la légitimité interne des régimes de transition. La séquence actuelle confirme néanmoins que le récit officiel sahélien sur la responsabilité française s’est durablement installé, indépendamment des éléments factuels avancés.

L’AES en première ligne sécuritaire

Au-delà du registre accusatoire, le communiqué nigérien met en avant la réactivité opérationnelle des forces conjointes. Niamey évoque une réaction prompte et énergique des unités déployées dans le cadre de l’AES, sans détailler le bilan des opérations ni la nature des moyens engagés. L’Alliance, formalisée en septembre 2023 par le Mali, le Burkina Faso et le Niger, se présente désormais comme l’architecture de référence pour la coordination antiterroriste entre les trois États, en remplacement des dispositifs régionaux antérieurs.

La création d’une force conjointe avait été annoncée en début d’année, avec un effectif initial évoqué autour de 5 000 hommes. Sa montée en puissance reste toutefois sujette à interrogations, notamment en matière de logistique, de renseignement et de couverture aérienne. Les attaques du 25 avril, dont l’ampleur exacte n’a pas été communiquée dans le détail, illustrent la persistance de la menace dans la zone des trois frontières et au-delà, où groupes affiliés à l’État islamique au Sahel et au Jnim continuent de mener des opérations d’envergure.

Une solidarité politique avant tout

La sortie de Niamey relève autant de la solidarité politique que de la lecture sécuritaire. Depuis la signature, en juillet 2024, du traité instituant la Confédération des États du Sahel, les trois capitales s’efforcent d’afficher un front diplomatique unifié face aux partenaires extérieurs et aux organisations sous-régionales. Le retrait commun de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), entériné en 2025, a accentué cette logique de bloc.

Le soutien réaffirmé du Niger au Mali répond également à une logique d’interdépendance. Les économies des trois États, enclavés et fragilisés par les sanctions et les ruptures de coopération, dépendent étroitement de corridors logistiques partagés et d’un climat sécuritaire commun. Toute attaque d’ampleur sur le territoire d’un membre de l’AES affecte mécaniquement les chaînes d’approvisionnement, notamment en hydrocarbures et en biens de consommation, des autres partenaires.

Reste la question de l’efficacité opérationnelle. Les déclarations triomphales sur la réaction des forces conjointes contrastent avec un contexte sécuritaire toujours dégradé, marqué par la multiplication des engins explosifs improvisés, des embuscades et des attaques contre les emprises militaires. Sans transparence sur les bilans, la communication politique de l’AES peine à dissiper les doutes sur la capacité réelle de la force conjointe à inverser la trajectoire. La séquence ouverte par les attaques du 25 avril sera, à cet égard, un test grandeur nature pour la crédibilité du dispositif sahélien.

Selon PressAfrik.

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Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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