Mali : le JNIM resserre son étau autour de Bamako

Aerial view of wooden boats along the Niger River in Bamako, Mali. Busy riverbank activity.Photo : Fatih Turan / Pexels

L’offensive lancée par le Groupe de soutien de l’islam et des musulmans (JNIM) contre Bamako marque une nouvelle étape dans la dégradation sécuritaire du Mali. Affiliée à Al-Qaida, la coalition jihadiste a déclenché le 25 avril une série d’attaques coordonnées sur les axes menant à la capitale, assortie d’un blocus routier qui asphyxie peu à peu l’approvisionnement en hydrocarbures et en denrées de base. Pour la junte issue des coups d’État de 2020 et 2021, le défi est autant militaire que politique.

Une stratégie de pression politique plus que de conquête

Selon l’analyse de Jean-Hervé Jezequel, spécialiste du Sahel, l’objectif du JNIM n’est pas de s’emparer physiquement de Bamako. Une telle ambition supposerait des moyens et un soutien populaire urbain dont le mouvement ne dispose pas. La stratégie consiste plutôt à étrangler progressivement la capitale pour démontrer l’incapacité du pouvoir à protéger ses centres vitaux. En privant Bamako de carburant et en multipliant les embuscades sur les corridors logistiques, les insurgés cherchent à provoquer une crise politique interne.

Le ressort est connu dans la région. Au Sahel, les ruptures politiques ces dernières années ont rarement été le fait d’assauts frontaux contre les capitales. Elles ont plutôt résulté de l’érosion de la légitimité des gouvernants face aux échecs sécuritaires. Le JNIM, dirigé par Iyad Ag Ghali et Amadou Koufa, semble miser sur ce mécanisme : faire chuter, par usure, la confiance entre les autorités de transition et l’appareil sécuritaire malien.

Bamako face à la rupture des chaînes d’approvisionnement

Les conséquences économiques se font déjà sentir. Les files d’attente devant les stations-service se sont allongées, les prix des produits importés grimpent et les transporteurs hésitent à emprunter les axes menant aux frontières ivoirienne et sénégalaise, devenus des zones d’embuscades récurrentes. Bamako, ville enclavée, dépend presque entièrement du fret routier en provenance des ports de Dakar, Abidjan et Conakry. La rupture, même partielle, de ces flux fragilise une économie déjà éprouvée par les sanctions passées et le retrait progressif des partenaires occidentaux.

L’enjeu dépasse les frontières maliennes. La Confédération des États du Sahel, qui réunit Bamako, Ouagadougou et Niamey depuis la sortie de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), repose sur la capacité de chacun à stabiliser son territoire. Une fragilisation prolongée de la capitale malienne enverrait un signal préoccupant aux investisseurs et aux opérateurs miniers, dans un pays qui demeure l’un des principaux producteurs d’or du continent.

La junte malienne sous tension

Au pouvoir depuis 2021, le colonel Assimi Goïta s’est appuyé sur le retrait de la force française Barkhane, le départ de la mission onusienne Minusma en 2023, puis sur l’arrivée des supplétifs russes, d’abord du groupe Wagner puis de l’Africa Corps. Cette recomposition n’a pas inversé la trajectoire sécuritaire. Le JNIM a, au contraire, consolidé son emprise sur de larges portions du centre et du nord du pays, tout en projetant désormais ses opérations vers le sud.

Le calcul jihadiste s’inscrit dans la durée. En multipliant les démonstrations de force aux portes de Bamako, le mouvement vise à provoquer des fissures au sein de l’appareil de transition, voire à inciter une fraction de l’armée à renverser les autorités actuelles. L’histoire récente du Mali offre des précédents : les régimes successifs ont souvent été emportés par leurs propres officiers, lassés des revers sur le terrain. Le JNIM ne combat donc pas seulement un État, il pèse sur les arbitrages d’une élite militaire fracturée.

Reste que cette offensive expose aussi les limites du mouvement. Sans capacité à administrer une capitale d’environ trois millions d’habitants, le JNIM joue une partition d’influence et non de substitution. Pour Bamako, l’urgence est désormais double : restaurer la fluidité des corridors logistiques et reconstruire une doctrine contre-insurrectionnelle qui ne repose pas uniquement sur l’option militaire. Selon Le Monde Afrique.

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Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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