La pression militaire et politique exercée sur la junte malienne dirigée par le général Assimi Goïta atteint un nouveau seuil. Les rebelles djihadistes ont publiquement appelé au renversement du pouvoir militaire en place à Bamako, plaidant pour l’instauration d’une transition qu’ils présentent comme pacifique et inclusive. Une revendication politique qui marque une inflexion notable de leur stratégie, jusqu’ici cantonnée à l’action armée et au contrôle territorial. L’offensive intervient cinq jours après des assauts coordonnés contre des positions stratégiques de l’armée malienne, dans un contexte où la capitale subit un blocus persistant.
Bamako sous blocus, l’armée malienne à la peine
Le siège de fait imposé à la capitale traduit un basculement opérationnel. Les axes routiers menant à Bamako, vitaux pour l’approvisionnement en carburant et en biens de consommation, sont devenus la cible privilégiée des groupes armés. Cette stratégie d’asphyxie économique vise autant la population urbaine que la légitimité du régime issu des coups d’État de 2020 et 2021. Concrètement, les pénuries alimentent un climat d’incertitude que les autorités peinent à dissiper, alors que les forces armées maliennes encaissent des pertes répétées sur plusieurs fronts.
Les attaques menées la semaine précédente ont visé des emprises militaires considérées comme structurantes pour le dispositif de défense national. Leur ampleur et leur simultanéité suggèrent une montée en gamme tactique des insurgés, mieux coordonnés et apparemment renseignés sur les vulnérabilités des garnisons. Les autorités de transition n’ont pas communiqué de bilan exhaustif, mais plusieurs sources sécuritaires régionales évoquent un choc opérationnel d’une intensité inédite depuis le retrait de la mission onusienne Minusma fin 2023.
La riposte aérienne de l’Alliance des États du Sahel
Face à cette poussée, la force unifiée antidjihadiste constituée par le Niger, le Burkina Faso et le Mali dans le cadre de l’Alliance des États du Sahel (AES) a engagé d’intenses campagnes aériennes dans le nord du pays. Les frappes ciblent des positions présumées des groupes armés terroristes, principalement liés au Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), affilié à Al-Qaïda. Ce recours appuyé à l’aviation traduit la difficulté à reprendre l’initiative au sol, dans un théâtre désertique où la mobilité des combattants demeure un avantage décisif.
La création de cette force conjointe, annoncée début 2025, devait incarner la nouvelle doctrine sécuritaire des trois régimes militaires sahéliens, désormais désengagés de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao). Reste que l’efficacité opérationnelle de l’AES sur le terrain malien soulève des interrogations. Les partenaires russes du groupe Africa Corps, successeur de Wagner, n’ont pas davantage permis d’enrayer la progression des insurgés au centre et au sud du pays.
Une revendication politique aux ressorts ambigus
L’appel des rebelles à instaurer une transition pacifique et inclusive constitue une rupture rhétorique. En se posant en interlocuteurs politiques plutôt qu’en simples belligérants, les groupes armés tentent d’élargir leur audience, possiblement en direction de fractions de l’opposition civile réduite au silence depuis la suspension des activités politiques décrétée en 2024. Cette posture vise également un public régional et international, à un moment où la junte est isolée diplomatiquement.
Le vocabulaire employé, calqué sur celui des transitions négociées qu’avait promues la médiation ouest-africaine, n’efface ni la nature jihadiste des mouvements concernés ni leur projet de gouvernance fondé sur une lecture rigoriste de la charia. Les chancelleries occidentales et plusieurs capitales africaines observent avec circonspection cette manœuvre, redoutant qu’elle ne légitime des acteurs classés comme terroristes par les Nations unies.
Pour Bamako, l’équation se durcit. Le pouvoir militaire avait fondé sa légitimité sur la promesse d’un rétablissement sécuritaire rapide, après avoir évincé les partenaires français et onusiens. Trois ans plus tard, la perte de territoires, l’enclavement de la capitale et l’émergence d’une revendication politique des insurgés posent frontalement la question de la viabilité du modèle sahélien de transition militaire. Selon Le Monde Afrique, la pression conjuguée du terrain et de la communication adverse place le général Goïta dans une position défensive inédite depuis sa prise du pouvoir.
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