Les investissements directs étrangers (IDE) captés par l’Égypte ont franchi la barre des 9,3 milliards de dollars sur les six premiers mois de l’exercice budgétaire 2025/2026, contre environ 6 milliards un an plus tôt. Le chiffre, publié dans une note officielle du gouvernement égyptien, marque une hausse d’environ 55 % en glissement annuel et place Le Caire parmi les destinations les plus dynamiques du continent pour les capitaux étrangers. Cette progression témoigne d’un regain de confiance des investisseurs dans la deuxième économie d’Afrique du Nord.
Une trajectoire d’IDE portée par les réformes structurelles
La performance enregistrée sur le premier semestre de l’exercice 2025/2026 s’inscrit dans le sillage d’un cycle de réformes engagé par les autorités égyptiennes depuis plusieurs années. Libéralisation du change, ajustement monétaire, refonte du cadre fiscal et ouverture accrue aux partenariats public-privé figurent parmi les leviers qui ont contribué à solidifier le climat des affaires. L’économie égyptienne a affiché une croissance de 5,3 % sur la période, un rythme que peu de pays de la rive sud de la Méditerranée parviennent à soutenir.
Cette dynamique précède la récente crise régionale qui a ébranlé plusieurs marchés du pourtour moyen-oriental. Malgré les incertitudes induites par les tensions sécuritaires en mer Rouge et leurs répercussions sur le canal de Suez, l’économie égyptienne a démontré une capacité d’absorption notable. Les recettes touristiques, les transferts de la diaspora et les exportations non pétrolières ont, ensemble, amorti les chocs externes.
Le Caire, pôle d’attraction des capitaux du Golfe et européens
Le profil des investisseurs qui alimentent ce flux de 9,3 milliards de dollars reflète les nouveaux équilibres géoéconomiques de la région. Les fonds souverains du Golfe, Émirats arabes unis, Arabie saoudite et Qatar en tête, continuent de peser lourdement dans les opérations stratégiques, qu’il s’agisse de prises de participation dans les infrastructures portuaires, de développement immobilier ou d’acquisitions dans le secteur bancaire. L’accord-cadre signé avec Abou Dhabi autour du projet de Ras el-Hekma, évalué à plusieurs dizaines de milliards de dollars, reste la pierre angulaire de cette séquence d’ouverture.
Parallèlement, les capitaux européens confirment leur intérêt pour les filières industrielles égyptiennes, notamment l’automobile, les énergies renouvelables et l’hydrogène vert. Le corridor logistique du canal de Suez, dont la gouvernance a été remaniée pour attirer davantage d’opérateurs privés, constitue un autre foyer d’attractivité. Les zones économiques spéciales adossées à cette infrastructure stratégique concentrent une part significative des annonces récentes.
Un signal positif pour la stabilité macroéconomique
Au-delà du volume, la nature des IDE captés revêt une importance particulière pour l’équilibre extérieur du pays. Le Caire a longtemps dépendu d’apports de portefeuille volatils et de financements bilatéraux d’urgence, comme l’atteste le programme élargi conclu avec le Fonds monétaire international. L’accélération des investissements greenfield et des prises de participation durables contribue à diversifier la base de financement externe et à réduire la vulnérabilité aux retournements de sentiment sur les marchés émergents.
La livre égyptienne, qui a subi plusieurs ajustements brutaux ces dernières années, bénéficie mécaniquement de ces entrées de devises. Reste que la soutenabilité du modèle dépendra de la capacité des autorités à maintenir le cap des réformes structurelles, notamment la réduction de l’empreinte des entreprises publiques et militaires dans l’économie. Le Fonds monétaire international, dans ses dernières revues, insiste sur la mise en œuvre effective de la politique de cession d’actifs publics, condition d’une poursuite des décaissements.
Pour les décideurs africains, la trajectoire égyptienne offre un cas d’école. La combinaison d’un ancrage géostratégique fort, d’une demande intérieure de 110 millions d’habitants et d’un cadre incitatif assumé permet de capter des flux de capitaux que peu d’économies du continent parviennent à mobiliser. Le prochain semestre budgétaire dira si cette dynamique résiste à l’épaississement du risque régional et aux fluctuations du commerce mondial. Selon Financial Afrik.
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