La guerre en Syrie voit ses effets s’intensifier sur les circuits économiques extérieurs du pays. Les investissements étrangers et les transferts en devises provenant de la diaspora, deux piliers de résilience qui avaient permis d’amortir partiellement l’effondrement de la livre syrienne, se retrouvent désormais exposés à un niveau de risque inédit. Les opérateurs économiques installés à Damas, Alep et Lattaquié alertent sur une contraction rapide des flux, aggravée par l’instabilité sécuritaire et par un climat régional marqué par la persistance des frappes et la recomposition des alliances.
Des capitaux étrangers en repli face à l’incertitude
Les investisseurs étrangers présents en Syrie, essentiellement d’origine arabe, iranienne et, de manière plus marginale, asiatique, réévaluent leur exposition. La dégradation du cadre sécuritaire et l’imprévisibilité des décisions administratives découragent les projets de moyen terme, notamment dans l’immobilier, l’agroalimentaire et les services. Plusieurs acteurs ont mis en pause leurs engagements, privilégiant une gestion prudente des actifs déjà déployés plutôt que l’ouverture de nouveaux chantiers.
Ce recul touche également les investissements intra-syriens portés par des capitaux expatriés. Les Syriens établis dans le Golfe, en Turquie ou en Europe, qui avaient maintenu un flux continu de participations dans des entreprises familiales ou des projets de reconstruction partielle, se montrent désormais plus circonspects. La volatilité du taux de change et les restrictions sur le rapatriement des bénéfices renforcent cette retenue. Dans les milieux économiques syriens, la crainte d’un assèchement durable des apports en devises s’installe.
Les transferts de la diaspora fragilisés
Les transferts de fonds envoyés par les Syriens de l’étranger constituaient l’un des rares canaux stables d’alimentation de l’économie en devises fortes. Ils permettaient à des millions de foyers de compléter des revenus laminés par l’inflation et de soutenir une consommation minimale. Or ces flux, déjà fragilisés par les sanctions internationales visant le secteur bancaire, sont désormais confrontés à de nouvelles entraves opérationnelles.
Les sociétés de transfert d’argent, qui jouent un rôle central dans l’acheminement de ces ressources, voient leurs marges de manœuvre se réduire. Les écarts entre le taux officiel et le taux parallèle alimentent un contournement massif des canaux formels, au détriment des réserves en devises de la Banque centrale syrienne. Par ailleurs, la dégradation des infrastructures bancaires et les coupures prolongées d’électricité compliquent les opérations de change et de retrait, en particulier dans les zones éloignées de la capitale.
À l’échelle des ménages, la conséquence est immédiate. Le pouvoir d’achat des bénéficiaires de transferts recule, alors que les prix des produits importés, du carburant et des denrées de base poursuivent leur ascension. Pour les analystes économiques cités à Damas, cette dynamique menace de provoquer un basculement d’une partie de la classe moyenne urbaine vers la précarité.
Un environnement régional qui pèse sur les perspectives
Le contexte régional accentue les vulnérabilités. Les tensions persistantes sur les frontières, la multiplication des frappes visant des sites considérés comme stratégiques et la réorganisation des réseaux d’approvisionnement régionaux affectent directement la logistique commerciale. Les ports syriens, déjà confrontés à une baisse d’activité, peinent à attirer les compagnies maritimes internationales, ce qui renchérit le coût des importations et décourage les investisseurs extérieurs.
Dans le même temps, la reconfiguration diplomatique engagée depuis le retour de la Syrie au sein de la Ligue arabe n’a pas produit les retombées économiques espérées. Les promesses de financement et de partenariats industriels tardent à se concrétiser, freinées par la prudence des bailleurs du Golfe et par la persistance du régime de sanctions occidentales. Les autorités syriennes misent désormais sur un renforcement des corridors commerciaux avec l’Irak et l’Iran, sans parvenir à compenser le retrait des capitaux arabes plus diversifiés.
Reste que la question des transferts extérieurs dépasse la seule sphère économique. Elle touche à la soutenabilité sociale du pays et à sa capacité à maintenir un tissu productif minimal en attendant une éventuelle phase de reconstruction. Pour les décideurs régionaux, la fragilisation simultanée des investissements et des envois de fonds marque une étape supplémentaire dans l’érosion du modèle de survie économique mis en place depuis plus d’une décennie. Selon Al Akhbar.
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