L’annonce a valeur de rupture. En rendant publique, le 22 avril, la liquidation complète d’une ardoise de 14,7 milliards de francs CFA contractée par l’État gabonais auprès des universités privées, l’Agence nationale des bourses du Gabon (ANBG) entend tourner la page d’un contentieux qui minait depuis plusieurs années le fonctionnement de l’enseignement supérieur privé. La directrice générale de l’agence, Paule Elisabeth Désirée Mboumba Lassy, a détaillé lors de cette prise de parole un dispositif destiné à normaliser les relations financières entre la puissance publique et les établissements partenaires.
Un apurement qui débloque la filière privée de l’enseignement supérieur
Les 14,7 milliards de francs CFA correspondent aux frais de scolarité que l’État, via l’ANBG, devait régler aux universités privées au titre de la prise en charge des étudiants boursiers. Faute de versements réguliers, nombre d’établissements avaient vu leur trésorerie asphyxiée, certains suspendant les inscriptions de boursiers ou menaçant de ne plus délivrer les résultats académiques. Le solde de ces créances redonne de l’oxygène à un tissu universitaire privé qui joue un rôle d’appoint significatif dans l’absorption des bacheliers gabonais, alors que les capacités d’accueil du public restent sous pression.
Au-delà du geste comptable, l’opération envoie un signal aux partenaires du secteur. L’ANBG, placée sous la tutelle du ministère de l’Enseignement supérieur, se positionne comme l’interlocuteur unique chargé de sécuriser les flux financiers liés aux bourses nationales. Sa directrice générale a insisté sur la volonté d’éviter la reconstitution d’un tel stock d’impayés, en articulant désormais le paiement aux établissements sur un calendrier prévisible et contractualisé.
Gouvernance financière : reprise en main par l’État gabonais
Le dossier des bourses étudiantes constitue un poste budgétaire sensible à Libreville. Entre critères d’attribution contestés, retards de paiement aux étudiants envoyés à l’étranger et dettes empilées auprès des universités domestiques, l’agence avait cristallisé les mécontentements sous les mandats précédents. Les autorités de transition, puis le pouvoir issu du changement politique d’août 2023, ont fait de la remise en ordre de ce guichet un marqueur de bonne gouvernance, au même titre que la rationalisation d’autres dépenses sociales.
L’apurement annoncé s’inscrit ainsi dans un effort plus large d’assainissement des finances publiques gabonaises, où la clarification des arriérés intérieurs figure parmi les engagements formulés auprès des bailleurs multilatéraux. Le règlement des créances dues aux prestataires privés, y compris dans l’éducation et la santé, conditionne la crédibilité de la signature de l’État sur le marché domestique. Il pèse également sur le climat des affaires, les opérateurs réclamant une prévisibilité accrue des paiements publics.
Nouveaux mécanismes de suivi et conditionnalités
Parallèlement à l’effacement de l’ardoise, l’ANBG a présenté un train de mesures visant à encadrer la relation avec les universités privées. La direction générale a évoqué un renforcement du contrôle sur l’effectivité de la scolarité des boursiers, de sorte que les paiements correspondent strictement aux étudiants présents et assidus dans les établissements conventionnés. Ce verrouillage répond à des soupçons récurrents de surfacturation ou d’inscriptions fantômes, pointés par plusieurs audits internes menés ces dernières années.
La mise à plat suppose également une actualisation des conventions liant l’agence aux établissements partenaires. Les critères d’éligibilité des filières, le plafonnement éventuel des frais de scolarité pris en charge et les modalités de reporting académique font partie des chantiers ouverts. Pour les universités privées gabonaises, la perspective d’un paiement régulier compense l’exigence d’une transparence accrue sur leurs effectifs et leurs résultats pédagogiques.
Reste à observer la tenue du calendrier. Les établissements attendent de voir si la normalisation s’installe dans la durée ou si, comme par le passé, de nouveaux arriérés se reconstitueront au gré des tensions de trésorerie de l’État. La réussite de la réforme de l’ANBG se mesurera moins à l’annonce de ce 22 avril qu’à la régularité des versements au cours des prochaines rentrées universitaires. Selon Gabon Review.
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