Kidal : le FLA et le JNIM s’emparent de la base abritant Africa Corps

A lone traveler walks across the vast sand dunes of Merzouga, Morocco, under a clear sky.Photo : Abdelaziz Baba / Pexels

La prise de la base militaire de Kidal par une coalition associant le Front de libération de l’Azawad (FLA) et le Jamaât Nosrat al-Islam wal-Mouslimin (JNIM) marque une rupture majeure dans la guerre asymétrique qui ravage le nord du Mali. Le site, considéré comme l’un des verrous stratégiques de l’extrême nord-est malien, hébergeait jusqu’ici des éléments d’Africa Corps, la nouvelle structure paramilitaire russe qui a succédé au groupe Wagner après la disparition d’Evgueni Prigojine. Sa chute, si elle se confirme sur le terrain, prive les Forces armées maliennes (FAMa) d’un point d’appui central dans leur reconquête territoriale entamée fin 2023.

Kidal, symbole reconquis puis reperdu par Bamako

Reprise en novembre 2023 par l’armée malienne aux côtés des combattants russes, Kidal avait alors été présentée par la junte au pouvoir comme la consécration d’une stratégie de fermeté souverainiste, après le départ de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA). La ville, fief historique des mouvements touaregs, n’avait jamais été véritablement sous l’autorité de l’État central depuis 2012. Sa reconquête avait servi d’argument politique majeur pour les autorités de transition dirigées par le général Assimi Goïta.

Deux ans plus tard, la dynamique s’inverse. Le FLA, héritier direct des mouvements signataires de l’accord d’Alger de 2015 dénoncé par Bamako, a multiplié les opérations dans la région depuis sa structuration en novembre 2024. Son alliance opérationnelle ponctuelle avec le JNIM, branche sahélienne d’Al-Qaïda dirigée par Iyad Ag Ghali, traduit une convergence tactique inédite contre l’axe Bamako-Moscou, même si les deux mouvements demeurent porteurs d’agendas politiques irréconciliables sur le fond.

Africa Corps face à un échec qui résonne au-delà du Sahel

Pour la Russie, la perte d’une emprise à Kidal représente bien davantage qu’un revers tactique. Africa Corps, déployée formellement à partir de 2024 sous tutelle plus directe du ministère russe de la Défense, devait incarner une professionnalisation de l’engagement militaire de Moscou en Afrique, après les errements et les pertes subies par Wagner, notamment lors de l’embuscade de Tinzaouatène en juillet 2024 qui avait coûté la vie à plusieurs dizaines de combattants russes. Un nouveau désastre dans la même zone fragiliserait le récit officiel d’une montée en puissance maîtrisée.

L’enjeu dépasse le seul théâtre malien. Le Burkina Faso et le Niger, partenaires du Mali au sein de la Confédération des États du Sahel (AES) instituée en juillet 2024, observent attentivement la capacité russe à tenir ses engagements sécuritaires. Toute défaillance perçue alimente le débat, encore feutré mais réel, sur la diversification des partenariats militaires, qu’il s’agisse de la Turquie, de l’Iran ou même de discrets canaux chinois pour les équipements de surveillance.

Une équation sécuritaire qui se complique pour Bamako

Sur le plan opérationnel, la perte de Kidal compromet la profondeur stratégique des FAMa dans le septentrion. La logistique nécessaire pour réinvestir un site perdu en territoire largement hostile, à plus de 1 500 kilomètres de la capitale, mobilise des moyens aériens et terrestres considérables. La saison sèche, propice aux mouvements de colonnes blindées, deviendra décisive dans les prochaines semaines pour observer la réaction de Bamako et de ses partenaires russes.

La coexistence opérationnelle entre le FLA, mouvement à dominante touarègue revendiquant un projet politique pour l’Azawad, et le JNIM, organisation jihadiste inscrite sur les listes terroristes internationales, pose par ailleurs une question délicate aux capitales occidentales. Soutenir politiquement les revendications touarègues sans donner l’impression de tolérer une convergence avec une katiba affiliée à Al-Qaïda relève d’un exercice diplomatique périlleux pour Paris, Washington et Bruxelles, déjà marginalisés à Bamako.

Reste que la communication officielle malienne n’avait pas, à l’heure des premières informations, confirmé l’ampleur du repli. Les images diffusées par les groupes armés sur les réseaux sociaux, montrant matériel saisi et bâtiments investis, demeurent à authentifier de façon indépendante. Selon Dakaractu, la prise de la base aurait été effective et concertée entre les deux mouvements.

Pour aller plus loin

L’armée malienne signale des combats à Bamako et plusieurs villes · Madrid réplique aux pressions du Pentagone sur la défense · Mali : des tirs signalés à Kati, fief du général Assimi Goïta

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Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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