L’armée malienne signale des combats à Bamako et plusieurs villes

Aerial view of wooden boats along the Niger River in Bamako, Mali. Busy riverbank activity.Photo : Fatih Turan / Pexels

Les Forces armées maliennes (FAMa) ont annoncé être engagées dans des combats avec des groupes terroristes à Bamako ainsi que dans plusieurs villes du pays. La communication de l’état-major, relayée par les autorités de transition, intervient dans un contexte de dégradation continue du climat sécuritaire au Mali, où la pression djihadiste s’étend désormais aux principaux centres urbains et aux axes économiques vitaux.

Une menace qui atteint la capitale malienne

Que des affrontements soient signalés à Bamako constitue en soi un signal politique majeur. La capitale, longtemps préservée par rapport aux régions du Nord et du Centre, avait déjà été frappée en septembre 2024 par une attaque revendiquée par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM, JNIM), affilié à Al-Qaida. La répétition d’incidents au cœur du dispositif politico-militaire du pays remet en cause le récit de stabilisation porté par les autorités issues du double coup d’État de 2020 et 2021.

L’armée malienne n’a pas, à ce stade, livré de bilan consolidé ni précisé l’identité exacte des assaillants. Deux foyers principaux d’insurrection armée opèrent toutefois sur le territoire : le JNIM, qui contrôle ou influence de larges portions du Centre et du Sud, et l’État islamique au Sahel, particulièrement actif dans la zone des trois frontières. À ces réseaux s’ajoutent des milices communautaires et des groupes indépendantistes, notamment dans le Nord, où la chute de Kidal en novembre 2023 n’a pas mis fin aux hostilités avec les mouvements touaregs.

Une crise sécuritaire enracinée depuis 2012

Le Mali traverse, depuis le déclenchement de la rébellion touarègue et l’irruption djihadiste de 2012, l’une des crises les plus longues du Sahel. Les opérations internationales successives — Serval, Barkhane, MINUSMA, Takuba — n’ont pas permis d’endiguer durablement la propagation des violences. Le départ des forces françaises en 2022, puis le retrait de la mission onusienne fin 2023, ont laissé un vide opérationnel partiellement comblé par le rapprochement avec Moscou et le déploiement d’instructeurs liés à l’ancien groupe Wagner, désormais reconfiguré sous l’appellation Africa Corps.

Sur le plan régional, Bamako a scellé en 2023 son alliance avec Ouagadougou et Niamey au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), avant de quitter formellement la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) en janvier 2024. Cette recomposition diplomatique a déplacé les lignes de coopération sécuritaire, mais n’a pas inversé la trajectoire des indicateurs de violence, en hausse selon les principaux observatoires spécialisés.

Enjeux économiques et politiques pour la transition

L’extension géographique des combats pèse directement sur l’économie malienne. Les axes routiers reliant Bamako aux ports de Dakar, Abidjan et Conakry sont régulièrement ciblés par des embuscades, ce qui renchérit les coûts logistiques et fragilise un approvisionnement déjà perturbé par les sanctions passées de la Cédéao. Le secteur minier, notamment aurifère, qui demeure le principal pourvoyeur de recettes d’exportation, fonctionne sous une pression sécuritaire accrue, les sites isolés constituant des cibles potentielles.

Politiquement, la junte dirigée par le général Assimi Goïta avait promis un retour à l’ordre constitutionnel, plusieurs fois repoussé. La concomitance de combats dans la capitale et en province complique la tenue d’un calendrier électoral crédible et nourrit les interrogations des partenaires régionaux sur la capacité de l’État central à reprendre la main sur l’ensemble du territoire. Pour les chancelleries d’Afrique de l’Ouest, la dégradation actuelle au Mali fait peser un risque de contagion vers les pays côtiers, déjà confrontés à des incursions djihadistes dans le nord du Bénin, du Togo et de la Côte d’Ivoire.

Reste à savoir si l’épisode signalé par l’état-major se traduira par une reconnaissance officielle de l’ampleur de la menace ou s’il sera intégré au registre habituel des opérations de maintien de l’ordre. Les prochaines communications des autorités de transition seront scrutées par les partenaires économiques et diplomatiques de Bamako. Selon Le Monde Afrique.

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About the Author

Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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