La Mauritanie officialise l’interconnexion électrique avec le Mali

Close-up of high voltage power lines with intricate metal structures against a cloudy sky.Photo : The Six / Pexels

L’interconnexion électrique entre la Mauritanie et le Mali a basculé, le 28 avril 2026, dans sa phase d’exécution effective. À Nouakchott, les autorités mauritaniennes ont officialisé la signature des contrats engageant la construction de cette infrastructure régionale, dont le coût global atteint 135 millions de dollars. L’opération s’inscrit dans l’initiative continentale Desert to Power, pilotée par la Banque africaine de développement (BAD) pour accélérer l’électrification de la bande sahélienne à partir des ressources solaires.

Le tour de table financier réunit la BAD, le Fonds d’investissement pour le climat et le Fonds de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole pour le développement international (OFID). Cet attelage de bailleurs traduit la dimension à la fois climatique et géopolitique du projet, conçu comme une réponse aux déficits chroniques de production qui pèsent sur les économies sahéliennes. La mise en service de la ligne doit permettre à Bamako de diversifier ses sources d’approvisionnement, dans un contexte où la Société énergie du Mali (EDM) peine à honorer la demande nationale.

Une infrastructure transfrontalière au cœur de Desert to Power

L’interconnexion Mauritanie-Mali constitue l’un des maillons concrets de Desert to Power, programme phare de la BAD lancé pour exploiter le gisement solaire du Sahel sur onze pays. L’ambition affichée par l’institution panafricaine porte sur dix gigawatts de capacités solaires installées et l’accès à l’électricité pour près de 250 millions de personnes à l’horizon 2030. Sans corridors d’évacuation, ces mégawatts solaires resteraient toutefois cantonnés aux marchés nationaux, limitant les économies d’échelle.

La ligne nouée entre Nouakchott et Bamako doit précisément lever cet obstacle. Elle ouvre la voie à des échanges bilatéraux d’électricité et prépare l’arrimage progressif des deux pays au système d’échanges d’énergie électrique ouest-africain (EEEOA), mécanisme régional qui peine encore à embrasser l’arc sahélien. Pour la Mauritanie, dont le mix bénéficie déjà d’une part significative de gaz et de renouvelables, le projet ouvre la perspective d’exportations rémunératrices vers un voisin structurellement déficitaire.

Un signal politique pour Bamako

Le calendrier revêt une portée diplomatique notable. Confronté depuis plusieurs années à des coupures prolongées et à une crise de trésorerie d’EDM, le Mali voit dans cette interconnexion une bouffée d’oxygène pour son tissu productif et urbain. Bamako, dont la consommation est largement tributaire de centrales thermiques coûteuses et d’importations ponctuelles, pourrait tirer de cette ligne une réduction du coût moyen du kilowattheure injecté sur son réseau.

Pour la Mauritanie, la signature de Nouakchott confirme une trajectoire d’affirmation comme hub énergétique de l’Afrique de l’Ouest septentrionale. Le pays multiplie les annonces autour du gaz offshore de Grand Tortue Ahmeyim, partagé avec le Sénégal, et autour de projets d’hydrogène vert adossés à son potentiel éolien et solaire. L’interconnexion avec le Mali complète cette panoplie en offrant un débouché terrestre aux excédents de production attendus dans les prochaines années.

Financement climatique et exigences d’exécution

L’enveloppe de 135 millions de dollars demeure modeste au regard des standards internationaux pour une ligne haute tension de longue distance. Elle reflète le recours à des concessionnalités fortes et la mutualisation entre guichets climatiques. La présence du Fonds d’investissement pour le climat valide la cohérence du tracé avec les engagements de décarbonation pris par les deux États dans leurs contributions déterminées au niveau national.

Reste l’épreuve du chantier. Les projets transfrontaliers de cette nature se heurtent fréquemment à des aléas de sécurité, des révisions de coûts et des arbitrages tarifaires entre opérateurs nationaux. La capacité de la Société mauritanienne d’électricité (SOMELEC) et d’EDM à converger sur des règles d’accès au réseau et de partage des recettes conditionnera la rentabilité réelle de l’ouvrage. Les bailleurs ont d’ailleurs prévu un suivi rapproché de l’exécution, dans un contexte régional marqué par la défiance croissante envers les calendriers annoncés.

Selon Financial Afrik.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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