L’arachide africaine subit cette année un revers commercial significatif sur le marché chinois, premier importateur mondial de l’oléagineux. Selon les observateurs des marchés agricoles, Pékin a sensiblement réorienté ses approvisionnements vers l’Amérique du Sud, jugée plus compétitive en prix comme en logistique. Pour les producteurs africains, et singulièrement pour le Sénégal et le Soudan, deux poids lourds historiques de la filière, ce désengagement chinois pèse lourdement sur les perspectives d’exportation et sur les revenus des campagnes en cours.
Un décrochage de compétitivité face à l’arachide sud-américaine
L’écart de prix s’est creusé au profit des origines argentine et brésilienne. Les coûts logistiques, les rendements à l’hectare et la qualité des lots livrés jouent désormais en défaveur du continent africain, dont la production reste fragmentée et largement dépendante de petites exploitations familiales. À l’inverse, les bassins sud-américains misent sur des structures agro-industrielles intégrées, capables d’offrir aux acheteurs chinois des volumes calibrés et des cadences de livraison régulières.
Concrètement, l’arachide produite en Argentine ou au Brésil arrive aujourd’hui dans les ports chinois à des conditions tarifaires que les exportateurs africains peinent à égaler. Le différentiel s’est accentué avec la hausse des coûts du fret au départ de l’Afrique de l’Ouest et la persistance d’aléas climatiques qui ont affecté les rendements lors des dernières campagnes. Pour les négociants asiatiques, l’équation est mécanique : à qualité comparable, le sourcing latino-américain s’impose.
Le Sénégal et le Soudan en première ligne
Le Sénégal, dont l’arachide constitue historiquement un pilier de l’économie rurale et un symbole agricole national, encaisse de plein fouet ce repli. La filière sénégalaise, déjà fragilisée par les contrebandes transfrontalières et par la concurrence des huiliers locaux pour la matière première, voit s’éloigner un débouché chinois qui avait, ces dernières années, soutenu les cours bord-champ. Les producteurs du bassin arachidier traditionnel, autour de Kaolack et de Diourbel, redoutent une saison sous pression.
Le Soudan, autre grand fournisseur africain, traverse pour sa part une crise multiforme dont le conflit interne perturbe gravement les chaînes d’exportation. La conjugaison de l’instabilité sécuritaire et du désintérêt chinois prive Khartoum d’une rente agricole stratégique. Dans une moindre mesure, des pays comme le Nigeria, le Tchad ou la Gambie subissent également les effets de cette recomposition des flux mondiaux.
Quelle stratégie pour repositionner la filière africaine
Reste que la perte d’un client n’est pas définitive. Les autorités sénégalaises, comme les acteurs privés de la filière, sont appelées à réfléchir à une montée en gamme. La transformation locale, le développement d’huiles raffinées à plus forte valeur ajoutée, la certification qualité et la diversification des marchés vers l’Europe, le Maghreb ou le Golfe constituent autant de pistes pour réduire la dépendance vis-à-vis d’un acheteur unique. La filière huilière, longtemps tirée par la Société nationale de commercialisation des oléagineux du Sénégal (Sonacos), demeure un levier de souveraineté agricole.
Par ailleurs, la question de la productivité agronomique se pose avec acuité. Sans semences améliorées, sans encadrement technique des producteurs et sans mécanisation des opérations post-récolte, l’arachide africaine continuera d’évoluer dans un segment de marché vulnérable aux arbitrages des grands importateurs. Les bailleurs internationaux et les institutions panafricaines, notamment via les programmes de la Banque africaine de développement, pourraient être sollicités pour accompagner une remise à niveau structurelle.
Le repositionnement chinois sur l’Amérique latine traduit une tendance de fond : la mondialisation agricole se joue désormais sur la fiabilité industrielle autant que sur les coûts. Pour les capitales ouest-africaines, le signal est clair. Maintenir une présence sur les marchés mondiaux exigera une réforme en profondeur d’un modèle de production qui n’a que peu évolué depuis l’indépendance. Selon RFI Afrique, la Chine a manifesté cette année un intérêt particulièrement marqué pour les arachides d’Amérique du Sud.
Pour aller plus loin
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