Senelec prend le contrôle de WAE : ce que révèle le dossier Harouna Dia

Roadside tire shop with worn tires and brick wall, Senegal.Photo : Emilie Leenaerts / Pexels

La Senelec contrôle désormais West African Energy (WAE), opérateur privé associé à plusieurs projets de production électrique au Sénégal. Le dénouement, révélé ces derniers jours à Dakar, met fin à des mois d’incertitude juridique et financière autour d’un actif considéré comme stratégique par les autorités sénégalaises. Derrière ce basculement, on retrouve l’homme d’affaires Harouna Dia, longtemps proche des cercles politiques précédents, et le Premier ministre Ousmane Sonko, déterminé à reprendre la main sur les leviers du secteur énergétique national.

Un changement d’actionnariat aux ramifications politiques

L’opération replace WAE dans l’orbite directe de la compagnie nationale, jusqu’ici cantonnée à un rôle d’acheteur d’électricité auprès des producteurs indépendants. Le dossier remonte à la précédente législature, lorsque la société avait été présentée comme un partenaire privé de référence dans la diversification du mix énergétique sénégalais. Le nouveau pouvoir, installé après la victoire de Bassirou Diomaye Faye et l’arrivée d’Ousmane Sonko à la Primature, a entrepris depuis dix-huit mois une revue systématique des contrats hérités du régime de Macky Sall.

Le nom de Harouna Dia, présenté par plusieurs médias sénégalais comme un proche de l’ancien président, cristallise depuis longtemps les débats sur la concentration de marchés publics auprès d’un cercle restreint d’opérateurs. La reprise de WAE par la Senelec marque, de ce point de vue, une bascule symbolique. Elle illustre la volonté du gouvernement de réinternaliser les marges générées par les infrastructures stratégiques, dans un secteur où le Sénégal cherche à conjuguer baisse des coûts pour les ménages et montée en puissance du gaz domestique issu du champ Grand Tortue Ahmeyim.

L’appel de Ouagadougou et la doctrine Sonko

L’épisode renvoie également à ce que les sources sénégalaises qualifient d’« appel de Ouagadougou », formule désignant la ligne politique défendue par Ousmane Sonko en faveur d’une souveraineté économique accrue, dans le sillage du discours panafricain porté par les régimes de transition au Sahel. Sans rompre avec les bailleurs occidentaux ni les partenaires turcs et émiratis présents dans l’énergie sénégalaise, le chef du gouvernement entend renégocier les équilibres jugés défavorables à l’État.

Cette doctrine se traduit déjà par plusieurs chantiers : audit des contrats pétroliers et gaziers, renégociation de conventions minières, et désormais reprise en main d’un acteur clé de la production électrique. La Senelec, dont le bilan reste fragilisé par les subventions à la consommation, devrait y trouver un instrument supplémentaire pour piloter directement de nouvelles capacités, notamment au gaz naturel, alors que le pays vise un taux d’accès universel à l’électricité à l’horizon 2025.

Des conséquences industrielles et financières à clarifier

Reste que la reprise pose une série de questions opérationnelles. Le périmètre exact des actifs basculés sous le contrôle de la Senelec, le sort des financements bancaires mobilisés par WAE et le traitement réservé aux actionnaires minoritaires constituent autant de variables encore peu documentées publiquement. Les contrats d’achat d’électricité conclus entre WAE et la Senelec, généralement libellés en devises et indexés sur le coût du combustible, devront être réintégrés dans une comptabilité consolidée du groupe public.

Pour les bailleurs internationaux, notamment la Banque mondiale et la Banque africaine de développement (BAD), qui suivent de près la trajectoire financière de la Senelec, l’opération sera scrutée à l’aune de ses effets sur l’endettement et sur la gouvernance de la compagnie. Le secteur privé sénégalais, lui, observe avec attention le précédent créé : la frontière entre partenariat public-privé et reprise en main souveraine se redessine au cas par cas, sans cadre annoncé à ce stade.

La séquence ouverte par l’absorption de WAE confirme que le secteur de l’énergie demeure le terrain privilégié de la recomposition politique sénégalaise. Entre exigence de transparence, impératif tarifaire et ambition industrielle, le gouvernement Sonko avance par dossiers successifs, dont WAE constitue l’un des plus emblématiques. Selon Seneweb.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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