Madagascar : Antananarivo se mobilise contre les coupures de la Jirama

A vibrant aerial view of Antananarivo, Madagascar showcasing diverse architecture and bustling streets.Photo : Chen EdisoN / Pexels

Plusieurs dizaines de riverains du quartier de Tsiadana, niché sur les hauteurs d’Antananarivo, ont battu le pavé le 6 mai pour dénoncer les coupures d’électricité à répétition imposées par la Jirama, fournisseur national d’eau et d’électricité de Madagascar. Le rassemblement, organisé sans cadre syndical ni mot d’ordre partisan, a réuni des habitants excédés par des délestages devenus le quotidien de la capitale malgache. Aucun incident n’a été signalé, mais la portée symbolique de l’action n’a pas échappé aux observateurs : la contestation contre la Jirama gagne désormais les quartiers résidentiels de la capitale.

Tsiadana, miroir d’une exaspération généralisée à Antananarivo

Le choix du quartier n’est pas anodin. Tsiadana, zone mixte abritant classes moyennes et expatriés, illustre la transversalité sociale du mécontentement. Les pannes y durent parfois plusieurs heures par jour, perturbant aussi bien la vie domestique que l’activité des petits commerces. Les manifestants ont brandi des pancartes réclamant un service stable, fustigeant l’incapacité de l’opérateur public à honorer ses obligations contractuelles. Cette mobilisation spontanée tranche avec les recours habituels, généralement cantonnés aux réseaux sociaux ou aux radios privées.

Le caractère pacifique du rassemblement n’enlève rien à sa charge politique. Dans un pays où la précarité énergétique est étroitement corrélée aux tensions sociales, voir un quartier réputé calme s’organiser pour interpeller directement la compagnie nationale constitue un signal. Plusieurs riverains ont évoqué la dégradation des appareils électroménagers liée aux variations de tension, un préjudice matériel rarement indemnisé. D’autres ont pointé l’absence de communication préalable de la Jirama sur les plages de coupure.

La Jirama, opérateur stratégique en crise structurelle

La société Jirama, monopole historique de l’électricité et de l’eau à Madagascar, traverse depuis plusieurs années une crise financière et opérationnelle profonde. Son parc de production, vétuste, repose en partie sur des centrales thermiques gourmandes en carburant importé, dont l’approvisionnement subit de plein fouet la volatilité des marchés mondiaux. Les besoins de financement de l’entreprise pèsent lourdement sur le budget de l’État, qui multiplie les plans de redressement sans parvenir à enrayer la spirale du déficit.

Les coupures dénoncées à Tsiadana ne sont qu’une déclinaison locale d’un phénomène national. Plusieurs régions malgaches subissent depuis des mois des délestages tournants, parfois supérieurs à dix heures par jour dans certaines villes secondaires. Les autorités ont annoncé des projets de diversification du mix énergétique, notamment via le solaire et l’hydroélectricité, mais les délais de mise en service de ces capacités additionnelles s’étirent. Concrètement, la production peine à suivre la demande, alors que le taux d’électrification du pays demeure parmi les plus bas du continent.

Un risque politique qui s’invite dans l’agenda gouvernemental

Pour le pouvoir malgache, la mobilisation de Tsiadana sonne comme un avertissement. Les coupures électriques figurent désormais en tête des griefs exprimés par les citadins, devant même la cherté de la vie dans certaines enquêtes d’opinion. La capitale, vitrine économique et politique du pays, concentre les regards : tout débordement social y prend immédiatement une dimension nationale. Plusieurs voix au sein de l’opposition ont déjà saisi le sujet pour interpeller l’exécutif sur sa gestion du dossier énergétique.

Reste que la sortie de crise dépendra moins des annonces que des investissements effectivement réalisés dans la production et la distribution. Les bailleurs internationaux, dont la Banque mondiale et la Banque africaine de développement, ont conditionné une partie de leur soutien à des réformes structurelles de la Jirama, incluant la révision des tarifs et l’assainissement de la gestion. Pour les habitants de Tsiadana et au-delà, la patience semble s’épuiser plus vite que les calendriers techniques. La manifestation du 6 mai pourrait n’être qu’un prélude à des mobilisations plus larges si le service ne se stabilise pas dans les prochains mois. Selon RFI Afrique.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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