Sonatrach scelle un contrat EPC d’un milliard avec PTTEP

A detailed view of industrial pipelines in a Saudi Arabian factory setting.Photo : Mumtaz Niazi / Pexels

Sonatrach accélère son redéploiement industriel. Le groupe pétrolier et gazier algérien a officialisé, le 5 mai 2026, la signature d’un contrat d’ingénierie, d’approvisionnement et de construction (EPC) d’un montant supérieur à un milliard de dollars, portant sur le développement du champ de Hassi Bir Rekaiz, dans le sud-est du pays. La compagnie publique paraphe parallèlement un accord d’exportation de produits pétroliers raffinés à destination de l’Égypte, marquant un rapprochement énergétique notable entre Alger et Le Caire.

Le premier volet de cette double signature concerne le partenariat amont déjà engagé entre Sonatrach et la compagnie thaïlandaise PTTEP, co-titulaires du permis d’exploitation. Le contrat EPC a été attribué à un consortium réunissant l’égyptien Petrojet, filiale spécialisée du ministère égyptien du Pétrole, et l’italien Arkad, groupe d’ingénierie reconnu sur les projets pétroliers et gaziers en Méditerranée. L’enveloppe financière dépasse le seuil symbolique du milliard de dollars, signe d’une remontée des investissements amont en Algérie après plusieurs années de prudence.

Hassi Bir Rekaiz, pivot de la relance amont algérienne

Situé dans le bassin de Berkine, le champ de Hassi Bir Rekaiz figure parmi les actifs jugés prioritaires par la compagnie nationale dans sa feuille de route de croissance des réserves. Sa mise en production, conduite avec PTTEP, doit contribuer à compenser le déclin naturel de gisements historiques et à soutenir les engagements d’exportation pris par Alger sur les marchés européens et africains. Les contrats EPC de cette envergure conditionnent généralement le calendrier de mise en service des installations de surface, la connexion aux réseaux de transport et la stabilisation des capacités d’extraction.

Le choix d’un consortium associant Petrojet et Arkad envoie un signal clair. Il consacre l’expertise égyptienne dans la réalisation d’unités de traitement et de pipelines en environnement saharien, tout en mobilisant le savoir-faire italien hérité de longues années de coopération entre Eni et Sonatrach. Cette combinaison illustre la stratégie d’ouverture maîtrisée poursuivie par la compagnie algérienne depuis l’entrée en vigueur de la loi sur les hydrocarbures de 2019, qui visait à restaurer l’attractivité du domaine minier national.

Un axe Alger-Le Caire qui se densifie

Le second accord, plus diplomatique, scelle un mécanisme d’exportation de produits pétroliers raffinés vers l’Égypte. Selon le communiqué du ministère algérien de l’Énergie et des Mines, l’opération s’inscrit dans la dynamique de renforcement de la coopération énergétique intra-africaine prônée par les deux capitales. Le Caire, confronté depuis plusieurs années à des tensions sur sa balance énergétique et à une demande intérieure soutenue, cherche à diversifier ses sources d’approvisionnement en carburants. Alger, qui a engagé une montée en gamme de ses capacités de raffinage, dispose désormais d’excédents commercialisables.

L’enjeu dépasse la seule logistique commerciale. La construction d’un corridor pétrolier sud-méditerranéen, reliant les raffineries algériennes aux terminaux égyptiens, pourrait à terme structurer un marché régional moins dépendant des arbitrages européens. Pour Sonatrach, l’opération conforte son statut d’acteur intégré, capable d’articuler production amont, transformation et exportation au sein d’un même schéma contractuel.

Signal envoyé aux investisseurs internationaux

La double annonce intervient alors que plusieurs majors et compagnies asiatiques réévaluent leur exposition au domaine minier algérien. La présence de PTTEP, opérateur historique du Sud-Est asiatique, témoigne de la persistance de l’intérêt international pour les bassins matures de Berkine et d’Illizi. Les autorités algériennes misent sur ce type de contrats structurants pour crédibiliser leur trajectoire de production et stabiliser les recettes d’exportation, qui demeurent la principale source de devises du pays.

Reste à vérifier la tenue des délais de réalisation, point sensible des projets EPC en zone saharienne. Les industriels du secteur surveilleront notamment l’enchaînement entre la phase d’ingénierie détaillée, la mobilisation des équipements et la mise en service des unités de production. Selon Financial Afrik, l’ensemble du dispositif a été validé sous l’égide du ministère algérien de l’Énergie et des Mines.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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