Raffinerie de Kribi : la SNH mobilise 120 milliards de FCFA

A detailed view of industrial pipelines in a Saudi Arabian factory setting.Photo : Mumtaz Niazi / Pexels

La raffinerie de Kribi entre dans une phase financière décisive. Le 5 mai 2026 à Yaoundé, la SNH, la société de projet CSTAR et BGFI Bank Cameroun ont paraphé une convention portant sur 120 milliards de FCFA destinés à couvrir la quote-part de l’entreprise publique camerounaise dans ce complexe pétrolier. La signature ouvre la voie au décaissement effectif des fonds, attendus pour honorer les engagements pris auprès des entreprises internationales mobilisées sur le chantier.

L’opération a été structurée par BGFI Bank Cameroun, mandatée en novembre 2025 par la SNH pour orchestrer la levée. Selon Abakal Mahamat, administrateur directeur général de l’établissement, plusieurs banques de la place ont participé au tour de table. Afriland First Bank, CCA Bank, SCB Cameroun et BICEC figurent parmi les contributeurs. Cette syndication bancaire essentiellement domestique illustre la capacité du système financier camerounais à mobiliser des ressources significatives sur un projet industriel lourd, sans recours systématique aux bailleurs extérieurs.

Un tour de table encore inachevé pour CSTAR

Avec ces 120 milliards de FCFA, près de 32 % du coût total du projet, désormais évalué à 372 milliards de FCFA, sont sécurisés. Le solde devra provenir des autres actionnaires de CSTAR, au premier rang desquels Ariana Energy et Tradex S.A. La présidente du conseil d’administration de la société de projet, Nathalie Moudiki, a indiqué que cet apport permettra à la structure d’honorer ses obligations contractuelles vis-à-vis des partenaires techniques internationaux engagés dans la construction.

La séquence prolonge un premier jalon franchi à l’automne 2025, lorsque la SNH avait formellement confié à BGFI Bank Cameroun la structuration et la mobilisation des financements liés à sa participation. Reste à finaliser le bouclage du tour de table, condition d’un démarrage industriel sans rupture de trésorerie. Les promoteurs n’ont pas, à ce stade, communiqué de calendrier précis pour la finalisation des engagements des autres partenaires capitalistiques.

Sur le terrain, les opérations préparatoires sont déjà engagées. Pierre Titti, ancien ministre délégué au Budget devenu conseiller auprès de CSTAR, fait état de chantiers de débroussaillage, d’ouverture de voies d’accès et d’acheminement d’équipements vers la base de vie. Les travaux de terrassement ont également démarré, signe que le projet sort progressivement de sa phase strictement administrative.

Une raffinerie calibrée pour réduire la facture des importations

Dans sa configuration initiale, la raffinerie de Kribi affichera une capacité de 10 000 barils par jour, avec une montée en puissance prévue à 30 000 barils quotidiens à compter de 2027. Le complexe intégrera également un dépôt pétrolier d’une capacité de stockage comprise entre 250 000 et 300 000 mètres cubes. Cette infrastructure de stockage, évaluée à 168 milliards de FCFA, sera, selon les promoteurs, financée sur fonds propres par la SNH, en marge de l’enveloppe arrangée par BGFI Bank.

À pleine capacité, l’unité doit produire 1,8 million de tonnes métriques de produits pétroliers par an. Les projections avancées par CSTAR tablent sur une compression des importations camerounaises d’environ 435 milliards de FCFA chaque année. Le calcul renvoie directement à une équation stratégique pour Yaoundé, dont la balance commerciale demeure plombée par la dépendance aux carburants raffinés à l’étranger depuis l’arrêt prolongé des activités de la Société nationale de raffinage (SONARA) après l’incendie de 2019.

Un projet validé par la Beac pour ses effets de change

Au-delà du seul Cameroun, le projet a reçu l’aval du gouverneur de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC). Selon les éléments transmis par BGFI Bank Cameroun, l’institut d’émission estime à 580 milliards de FCFA les économies de devises potentiellement générées par la raffinerie. Un gain qui viendrait alimenter le compte d’opérations de la zone CEMAC, dans une période où la défense des réserves de change reste une préoccupation centrale pour la banque centrale sous-régionale.

Pour la SNH comme pour les autorités camerounaises, l’enjeu dépasse la seule rentabilité industrielle. La raffinerie de Kribi doit réinstaller le pays parmi les producteurs de carburants raffinés en Afrique centrale et atténuer la pression structurelle exercée par les importations sur la monnaie commune. La crédibilité du calendrier dépendra désormais de la capacité des autres actionnaires à compléter le financement dans les délais. Selon Investir au Cameroun.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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