Mali : les jihadistes resserrent leur étau routier autour de Bamako

Bustling street scene in downtown Luanda, Angola with historic and modern buildings.Photo : basunga visual / Pexels

Le Mali entre dans une phase critique. Les groupes jihadistes actifs dans le centre et le sud du pays ont commencé à imposer un blocus routier sur Bamako, signe d’une montée en puissance opérationnelle face à un appareil sécuritaire malien sous tension. Cette stratégie, qui consiste à couper les artères logistiques approvisionnant la capitale, traduit un changement d’échelle dans le conflit qui ravage le Sahel depuis plus d’une décennie. Pour les autorités de transition dirigées par le général Assimi Goïta, l’enjeu dépasse désormais la seule lutte contre-insurrectionnelle.

Une tactique d’asphyxie qui cible les artères vitales du Mali

Le blocus visant Bamako repose sur un principe éprouvé par les insurrections sahéliennes : priver une zone urbaine stratégique de ses flux essentiels en frappant les axes routiers. Les attaques contre les convois de carburant, l’incendie de camions citernes et les embuscades sur les principales nationales ont des conséquences directes sur la vie économique malienne. Bamako, qui concentre l’essentiel des activités commerciales et administratives du pays, dépend largement des corridors reliant la capitale aux ports de Dakar, d’Abidjan, voire de Conakry.

Concrètement, lorsque les routes deviennent dangereuses, les transporteurs revoient leurs cadences à la baisse, les primes d’assurance s’envolent et les denrées renchérissent. Cette mécanique inflationniste pèse lourdement sur les ménages urbains, déjà fragilisés par la conjoncture régionale. Le carburant, en particulier, constitue un point névralgique : son acheminement vers Bamako conditionne le fonctionnement des services publics, des hôpitaux, des stations de pompage et de la production électrique d’appoint.

Le Jnim consolide son emprise territoriale

Derrière cette offensive logistique se profile principalement le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim), coalition affiliée à Al-Qaïda dirigée par le Touareg malien Iyad Ag Ghaly. Depuis sa fondation en 2017, le Jnim n’a cessé d’étendre son aire d’opérations, débordant largement des zones septentrionales où l’insurrection était initialement cantonnée. La progression du groupe vers les régions de Kayes, Koulikoro et Sikasso, longtemps considérées comme relativement épargnées, illustre l’érosion du contrôle étatique sur le territoire malien.

Cette extension géographique s’accompagne d’une sophistication tactique. Le harcèlement des convois, le minage des routes secondaires et les attaques coordonnées contre les emprises militaires témoignent d’une organisation rodée. Reste que la capacité du Jnim à imposer durablement un blocus dépendra de sa profondeur logistique et de sa résilience face aux contre-offensives des Forces armées maliennes (Fama), appuyées par leurs partenaires russes du contingent Africa Corps, successeur de Wagner.

Un défi politique pour la junte malienne

Pour les autorités de transition, le blocus routier constitue un défi de premier ordre. Le pouvoir militaire, qui a expulsé la mission onusienne Minusma en 2023 et tourné le dos à la coopération militaire française, a misé sur un partenariat resserré avec Moscou et sur la création de l’Alliance des États du Sahel (AES) avec le Burkina Faso et le Niger. Ce repositionnement stratégique devait se traduire par des résultats sécuritaires tangibles. La capacité des jihadistes à étrangler les approvisionnements de Bamako fragilise ce narratif officiel.

Par ailleurs, l’impact économique d’un blocus prolongé pourrait nourrir un mécontentement social difficile à contenir. Les pénuries de carburant et la hausse des prix alimentaires constituent historiquement des facteurs déclencheurs de tensions urbaines au Sahel. Dans le même temps, les pays voisins observent avec inquiétude la possibilité d’un débordement régional, alors que la Côte d’Ivoire, le Sénégal et la Mauritanie partagent de longues frontières avec le Mali.

L’évolution du conflit malien sera scrutée avec attention par les chancelleries ouest-africaines et les bailleurs internationaux, dont la marge de manœuvre s’est considérablement réduite depuis le retrait des forces internationales. La trajectoire actuelle suggère que la sécurisation des grands axes routiers deviendra un test décisif pour la junte au pouvoir. Selon Seneweb, les jihadistes commencent à imposer un blocus routier sur Bamako.

Pour aller plus loin

Mali : le JNIM resserre son étau autour de Bamako · Mali : les obsèques de Sadio Camara révèlent les fragilités du CNSP · Attaques au Mali : Niamey met de nouveau en cause Paris

Actualité africaine

About the Author

Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

Be the first to comment on "Mali : les jihadistes resserrent leur étau routier autour de Bamako"

Laisser un commentaire